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Le Maroni : une culture au fil de l’eau

Une enfance à Grand-Santi

Enfants de Grand-Santi

Comme je l’avais déjà mentionné dans mon précédent post, la remontée du Maroni est une expérience extrêmement enrichissante, tant du point de vue naturel que culturel. En effet, malgré l’image de parfaite virginité renvoyée par la nature sauvage et primitive, la présence humaine est relativement importante le long du fleuve, sans comparaison possible en tout cas avec le désert que représente la forêt vierge. Et force est de constater l’étonnante singularité de la société qui s’est organisée le long de ces berges.

La station service locale

La station service locale

Une frontière entre la France et le Suriname ?

Sur le papier, la géographie politique du lieu peut sembler assez simple : la rive droite du fleuve est française, la rive gauche surinamaise. Mais les choses commencent à se compliquer quand on observe les innombrables îles formées par les différents bras et méandres du fleuve. Certaines sont surinamaises, d’autres françaises, mais comment savoir ? Le voyageur néophyte s’armera donc de son passeport, prêt à passer régulièrement les postes frontières sur le fleuve, tout en restant surpris de ne pas avoir vu les guides conseiller de prendre ses papiers pour un tel périple.

Un bar-restaurant typique

Un bar-restaurant typique

Et pour cause ! Le Maroni est tout sauf une frontière, c’est même strictement l’inverse : une zone où la nationalité n’a de sens que dans le rapport entretenu avec les services administratifs nationaux, mais qui n’a certainement aucune incidence sur les rapports humains de la vie quotidienne. Tout sur le Maroni est affaire de groupes ethniques et ces groupes sont répartis de part et d’autre du fleuve, faisant fi des frontières officielles.

Le collège de Grand-Santi

Le collège de Grand-Santi

La situation est si clairement actée que le seul poste-frontière que l’on a croisé était situé à Iracoubo sur la RN1, soit à plus de 100km à l’Est du fleuve. A partir de là, les surinamais peuvent circuler librement sur le territoire français, tout comme les français peuvent circuler librement sur une large partie du territoire surinamais. L’État français est réduit dans cette zone à sa plus fondamentale expression :

  • la sécurité, principalement assurée par le 9ème RIMA,

  • l’éducation, les écoles sont la fierté des villages bordant le fleuve et concentrent souvent la plupart des investissements locaux,

  • la santé, principalement organisée autour de dispensaires rudimentaires,

  • un système social, la vie sur le fleuve est d’une si grande simplicité qu’il est souvent difficile d’accepter l’idée que nous sommes sur le territoire français.

La "banlieue" surinamaise de Maripasoula

La “banlieue” surinamaise en face de Maripasoula

La situation est d’ailleurs aussi actée par les acteurs privés. Le niveau de vie est en effet bien plus faible au Suriname qu’en Guyane. On trouve ainsi sur la rive faisant face à chaque agglomération guyanaise de taille suffisante une « banlieue » surinamaise concentrant de nombreux commerces à prix cassés. De la même manière, la quasi-totalité des 280km que nous avons remontés étaient couverts par le réseau mobile Digicel Suriname. Car bien que Digicel opère dans la région Antilles-Guyane, vous ne trouverez pas un seul habitant prêt à acquitter le prix d’un forfait français alors qu’il peut s’offrir le même pour un dixième du prix côté surinamais…

Jeunes danseuses dans un village

Jeunes danseuses dans un village

Les noirs marrons

Le Suriname – anciennement appelé Guyane hollandaise – était une colonie dotée de très importantes plantations, requérant une main d’œuvre servile toujours plus nombreuse. On estime que plus de 300 000 africains y ont été déportés (contre moins de 20 000 en Guyane française, eu égard aux difficultés déjà mentionnées d’y implanter une colonie).

Une habitation

Une habitation

Les conditions de vie dans les colonies guyanaises n’étant pas meilleures que celles dans les Antilles, le marronnage – c’est ainsi que l’on nomme le fait de fuir sa condition d’esclave – fut donc massif. Il commença dès le XVIIème siècle et, bien qu’il soit difficile d’avoir des chiffres fiables à ce propos, on estime à plusieurs milliers les noirs marrons surinamais, contre quelques centaines pour les français.

Musiciens improvisés

Musiciens improvisés

Lorsqu’ils fuyaient la colonie, les noirs marrons n’avaient d’autre possibilité que de se réfugier en pleine nature. La survie au cœur de la forêt étant pratiquement impossible, ils s’installèrent le long des fleuves où les conditions de vie étaient moins hostiles, tout étant bien sûr relatif.

L'agouti, un animal domestique

L’agouti, un animal domestique

S’il peut sembler surprenant de se cacher le long d’une voie de communication aussi ouverte qu’un fleuve, il ne faut pas oublier qu’il s’agissait de cours d’eau indomptés pour lesquels les européens ne disposaient en général ni d’embarcations adaptées, ni d’une cartographie adéquate, ni des moyens humains et financiers leur permettant de mener une véritable chasse aux noirs marrons.

Construction de pirogues

Construction de pirogues

C’est ainsi que les autorités hollandaises conclurent vers le milieu du XVIIIème siècle des pactes avec les différents groupes de fuyards déjà constitués. Ils reconnaissaient leur liberté aux noirs marrons déjà installés mais leur demandaient en échange de faire la chasse à toute nouvelle tentative de marronnage. Ceci n’empêcha pas de nouveaux groupes de se constituer mais cela ne leur facilitait pas une tâche déjà bien compliquée.

Le bois est travaillé à la hache, en pleine forêt avant d'être ramené au village.

Le bois est travaillé à la hache, en pleine forêt avant d’être ramené au village.

On trouve aujourd’hui plusieurs groupes le long du fleuve, les Saramaka, les Djuka, les Matawai, les Kwinti, les Paramaka et les Boni (aussi appelés Aluku). Si ces groupes ont eu des histoires distinctes et des relations parfois complexes, ils vivent aujourd’hui en bonne intelligence, notamment grâce à la médiation menée par le capitaine Apatou à la fin du XIXème siècle. Et bien que chaque groupe ait ses spécificités culturelles et linguistiques, on trouve suffisamment de points communs dans leurs modes de vie pour les désigner sous un seul et unique nom : les bushinenge.

Entre paganisme et christianisme

Entre paganisme et christianisme

Les bushninenge constituent aujourd’hui l’essentiel de la population du Maroni. Ils se sont rendus maîtres dans l’art de la construction de pirogues (qu’ils héritent du savoir-faire amérindien), de la navigation fluviale, de la chasse (iguanes, tatous, singes, caïmans, etc…), de la pêche et de la culture sur brûlis, les fameux abattis.

Les bushinenges sont sédentaires mais la géographie de leur occupation des berges reste assez variable au fil des décennies. On découvre ainsi régulièrement des villages abandonnés. Cela peut être dû au déclin de la population du fait de l’exode des jeunes vers les agglomérations, ou simplement à l’abandon d’une zone trop facilement inondable ou jugée insalubre.

Le château d'eau de Maripasoula

Le château d’eau de Maripasoula

Un univers coupé du monde

Il est important de comprendre que ces villages, qu’ils soient français ou surinamais, ne sont reliés à aucun réseau routier, électrique ou d’adduction d’eau potable. Les villages vivent dans un grand dénuement qui rend souvent difficile d’admettre qu’ils se situent sur le territoire national.

Quelques bourgs plus importants (Apatou, Boniville, Grand-Santi, Papaïchton et Maripasoula) concentrent les services essentiels : dispensaires, établissements scolaires, banques… mais ces endroits restent relativement modestes et presque autant coupés du monde. On n’y accède depuis les villages qu’en pirogue. Et s’ils sont reliés aux grandes villes guyanaises, ce n’est que par un réseau de longues pistes défoncées ou par voie aérienne.

Une épicerie chinoise

Une épicerie chinoise

Les épiceries chinoises

Mais depuis quelques années, les bushninenge n’ont plus besoin d’aller dans ces bourgs pour se ravitailler en produits de première nécessité, des échoppes chinoises voient en effet le jour un peu partout au fil du fleuve. Elles pratiquent des prix prohibitifs d’un point de vue métropolitain mais avoir un service d’approvisionnement 7j/7 et 24h/24 au milieu de la jungle, ça n’a pas forcément de prix…

Le village amérindien de Lessé Dédé

Le village amérindien de Lessé Dédé

Les amérindiens

Si les bushinenge constituent la quasi-totalité de la population (aux côtés de quelques métropolitains en général assignés aux postes administratifs), le fleuve est aussi habité par quelques groupes d’amérindiens natifs. On en dénombre principalement trois : les Wayana, les Teko et les Apalaï.

Si leur mode de vie a été assez largement occidentalisé, il leur reste de nombreuses traditions propres (rites, artisanat, etc…). Mais nous sommes ici bien loin des rencontres décrites par Lévi-Strauss avec des peuples amazoniens préservés de toute influence occidentale.

Une barge d'orpaillage habitable

Une barge d’orpaillage habitable

L’orpaillage

Aux côtés de ces habitants se trouvent une étrange population d’hommes de passage poursuivant l’éternelle quête du mythique l’El Dorado: les orpailleurs. On en distingue deux types : les orpailleurs légaux et les orpailleurs clandestins.

Les premiers opèrent au grand jour, soit à bord d’incroyables barges steam punk draguant les fonds du fleuve, soit sur des sites d’extraction en pleine forêt. Exilés dans la jungle à la recherche d’or, ces hommes – pour la plupart des jeunes brésiliens en quête de richesse – mènent une vie fruste bercée par le son des machines le jour et les cris des singes hurleurs la nuit, sans possibilité de vie sociale ou familiale.

Une barge légère

Une barge légère

Une vie qui peut sembler difficile mais qui n’est rien comparée à celle menée par les orpailleurs clandestins, mercenaires endurcis, sans foi ni loi arpentant le cœur de la jungle aux commandes de leurs quads. Ayant la réputation d’être d’une rare violence, il s’agit d’hommes de diverses nationalités capables de vivre dans les conditions les plus extrêmes et n’hésitant pas à avoir recours à la force si les autorités tentent de les empêcher de mener à bien leur mission. Si les journaux français s’emparent parfois du sujet à l’occasion d’une incartade, il faut bien comprendre que la tension est là-bas permanente et que les affrontements ne cessent en fait jamais véritablement.

Site d'orpaillage en forêt

Site d’orpaillage en forêt

Et au-delà de l’exploitation illégale de ressources nationales, les orpailleurs clandestins sont aussi accusés d’empoisonner les populations locales, au sens propre du fait du mercure qu’ils utilisent abondamment pour l’orpaillage, et au sens figuré du fait de nombreux faits de violence recensés sur les populations locales.

Vue paisible sur le Maroni

Vue paisible sur le Maroni

Et nous dans tout ça ?

Nous avons découvert avec fascination cette société fluviale et son mode de vie unique. Les visites de bourgs où le guide nous faisait visiter avec fierté les écoles et les dispensaires redonnaient beaucoup de sens à des missions de services publics que beaucoup en métropole s’évertuent à mépriser – voire à démanteler – oubliant leur aspect fondamental dont ont bien conscience les bushinenge, quand bien même les conditions y sont immensément plus rudimentaires que dans l’hexagone.

Et si tous les voyages dans des zones reculées de notre monde offrent cette possibilité de prise de recul sur son propre mode de vie et sur ses caprices « d’homme moderne », ce séjour en Guyane aura ceci de particulier qu’il se situe sur notre territoire national et qu’il est donc beaucoup plus difficile d’adopter une posture de relativisme culturel.

La vie dans les Antilles incite déjà à regarder la vie métropolitaine d’un autre œil, mais quelques jours sur le Maroni suffiront à regarder notre propre vie encore différemment.

Pour finir, j’avais envie de dire qu’il était temps de terminer ce poste fleuve mais j’ai déjà utilisé ce calembour il y a quelques années à propos d’un autre cours d’eau et on m’avait reproché mon lyrisme. Alors ce coup-ci, je vais me taire.

Une remontée du Maroni

Pêcheurs sur le Maroni

Pêcheurs sur le Maroni

A l’extrême ouest de la RN1 construite par les bagnards de Guyane se trouve la ville de Saint-Laurent-du-Maroni, porte d’entrée d’un monde fluvial unique : celui du Maroni et de ses habitants, les Bushinenge.

C’est à proximité de cette ville que nous avons embarqué sur notre pirogue pour y passer quatre jours à remonter les quelques 280 km de fleuve qui séparent Saint-laurent-du-Maroni de Maripasoula.

Une machine à coudre, laissée en clin d’œil à Levi-Strauss ?

Une machine à coudre, laissée en clin d’œil à Levi-Strauss ?

La découverte de ce fleuve a été une grande expérience tant d’un point de vue naturel que culturel. Il y a tant à dire que ce post serait trop long si je voulais traiter le sujet en une seule fois. Je reviendrai donc prochainement sur la situation socio-culturelle de ce territoire. Pour l’instant, place à sa nature !

Une insolente immensité de la nature.

Une insolente immensité de la nature.

Une nature primaire

N’affichant qu’un peu plus de 500km de long contre les quelques 6500km de l’Amazone, le Maroni est loin d’être aussi connu que son grand frère. Et pourtant, il affiche déjà toutes les caractéristiques du gigantisme sauvage de cette région du globe.

Aux abattis Cottica

Aux abattis Cottica

Constituant la frontière entre le Suriname et la Guyane, ce fleuve se caractérise par la largeur de ses eaux marrons, la complexité de ses méandres labyrinthiques et l’impénétrable forêt primaire qui le borde, offrant aux yeux des visiteurs d’immenses murs végétaux sur lesquels se détachent les fabuleux troncs gris-blancs des fromagers, figuiers et autres arbres équatoriaux aux proportions dépassant l’entendement.

Eaux troubles.

Eaux troubles.

Les eaux marrons du Maroni

Ce qui frappe le visiteur à son premier contact avec le fleuve — et plus généralement avec toutes les rives guyanaises en dehors des îles du large — est la couleur de l’eau. En effet, nous sommes en Guyane à des milliers de kilomètres (au sens propre) des îles caribéennes symbolisées par leurs eaux turquoises et cristallines. C’est en fait une vision bien métropolitaine que de penser que les Antilles et la Guyane relèvent d’une même zone géographique (et culturelle, mais c’est un autre débat). En Guyane, les eaux oscillent entre marron et ocre et sont d’une parfaite opacité. Mais il ne faut pas y voir là le fruit d’une quelconque pollution — même si l’orpaillage participe activement au brassage des eaux du fleuve – il ne s’agit là que d’une immense quantités d’alluvions dus à la géologie locale et aux très grandes quantités de matières organiques en décomposition dues à l’opulente nature qui borde le fleuve.

Un fromager dominant le reste de la forêt.

Un fromager dominant le reste de la forêt.

Mais que l’on ne se méprenne pas, le nom Maroni ne se réfère pas à la couleur de l’eau mais au peuple qui a colonisé ce fleuve, les noirs marrons, les fameux bushinenge.

Le saut Lesse Dede

Le saut Lesse Dede

Une navigation complexe

Si les eaux du Maroni apparaissent placides de prime abord, c’est principalement dû à la grande largeur du fleuve qui lui donne des airs de puissance tranquille. Et pourtant, remonter le Maroni est un véritable parcours du combattant. Il faut d’abord savoir bien choisir son parcours afin de ne pas se perdre dans l’immense dédale naturel formé par ses innombrables bras. Un choix qui doit être parfaitement éclairé car les chenaux sont bien peu visibles dans ces eaux turbides, une situation compliquée par le fait que le fleuve est très souvent peu profond.

Lever de soleil aux abattis Cottica.

Lever de soleil aux abattis Cottica.

A ceci s’ajoutent de nombreux passages de rapides, appelés sauts ou soula, où les eaux serpentent puissamment dans des zones rocailleuses, nécessitant une grande dextérité de la part des piroguiers. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des épaves de pirogues échouées au pied de ces derniers.

La pirogue-citerne.

La pirogue-citerne.

C’est en saison sèche que le passage de ces sauts est le plus difficile, le manque d’eau obligeant parfois à descendre de la pirogue pour la tracter. Pour notre part, nous bénéficions d’un bon niveau d’eau, facilitant la remontée mais augmentant d’autant l’impression de puissance dégagée par le fleuve.

Une barge d'orpailleur

Une barge d’orpailleur

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que l’on ne croise que deux types de bateaux sur le Maroni : les pirogues traditionnelles à moteur hors-bord comme celle sur laquelle nous étions, lesquelles sont même utilisées par le 9ème RIMA (!), et les barges d’orpailleurs, souvent montées pièce par pièce en pirogue et se contentant de se déplacer sur des bras tranquilles. Ici, point de hors-bord dernier cri ou autre gadgets de plaisancier inadaptés à ce fleuve indompté.

Un singe-araignée

Un singe-araignée

La faune

D’un point de vue faunique, la remontée du Maroni est paradoxale. On pourrait difficilement être aussi proche de cette faune équatoriale légendaire (caïmans, piranhas, anacondas, tatous, singes, pumas, toucans, perroquets, etc…) et on ne la voit pourtant presque pas.

Un sapajou.

Un sapajou.

En effet, le Maroni étant la seule voie de communication de toute cette région, il concentre un trafic trop important (bien que cela reste très relatif) pour que la zone soit vraiment propice à l’observation faunique. Tous ces animaux vous entourent, à quelques dizaines ou centaines de mètres tout au plus, mais ils ne se montrent pas.

Un morpho.

Un morpho.

Ceci étant, quand on vient d’une île relativement désertée par la faune sauvage comme la nôtre, et d’autan plus si l’on vient de métropole, chaque rencontre est déjà un moment inoubliable. Nous avons pour notre part croisé quelques beaux spécimens d’oiseaux équatoriaux (cassiques cul-jaune, hérons cocoi, etc..), de sympathiques singes (sapajous, atèles) ou d’étranges créatures à carapaces (tortues, tatous (http://fr.wikipedia.org/wiki/Tatou), etc…).

Un tatou acheté à des chasseurs bushinenge au fil de l'eau.

Un tatou acheté à des chasseurs bushinenge au fil de l’eau.

Mais que les amateurs de sensations fortes se rassurent, nous avons à notre retour fait une expédition dans les marais de Kaw où nous avons croisé quelques espèces particulièrement spectaculaires. Nous reviendrons bientôt dessus dans ces colonnes.

En pirogue par tous les temps.

En pirogue par tous les temps.

L’expédition

Quelques mots enfin sur l’organisation de l’expédition à proprement parler. Étant donnée la grande difficulté pour circuler sur le fleuve, il est difficilement pensable de louer une pirogue individuelle afin de remonter le fleuve en complète autonomie. Et puisque nous ne disposions pas du temps nécessaire pour faire du bateau-stop, nous avons opté pour une expédition organisée par un opérateur touristique local. Nous étions accompagnés par un guide et deux piroguiers bushinenge, connaissant aussi bien la nature que la culture du fleuve.

Aux abattis Cottica.

Aux abattis Cottica.

Sur le papier, l’expédition peut sembler quelque peu effrayante : quatre jours sans eau courante ni électricité (encore que les groupes électrogènes restent courant dans les villages), à se doucher dans un fleuve aux eaux turbides, dormir dans des hamacs sous des carbets au bord de l’eau et à l’orée de la jungle, exposé à la pluie ou au soleil à longueur de journée…

Un carbet de campement

Un carbet de campement

Mais au final, l’endroit est bien moins inhospitalier que l’on n’aime à le raconter. Alors que l’on s’imagine une faune hostile et grouillante, on en découvre une bien discrète et souvent plus charmante, où les lucioles sont mille fois plus nombreuses que les araignées géantes, où les moustiques semblent avoir cédé la place à une saine brise fluviale (au point que l’OMS ne recommande plus le traitement contre la malaria aux touristes remontant le fleuve, contrairement à il y a quelques années encore).

La moustiquaire est bienvenue

Ne pas oublier sa moustiquaire…

Quant au hamac, vous serez surpris d’apprendre que l’on y dort parfaitement bien. Chaque hamac est équipé d’une moustiquaire, et le fait d’être ainsi suspendu en l’air donne la sensation très plaisante d’être isolé dans une bulle tout en restant au contact de la nature. Force est d’ailleurs de constater que la seule nuit où nous avons dormi dans un vrai lit dans la jungle (plus tard dans le séjour), celui-ci nous est apparu gorgé d’humidité et bien moins isolé des potentielles nuisances animales. Nous n’aurions jamais pensé en venir un jour à regretter un hamac pour passer la nuit ! Mais ce n’est pas pour rien que le hamac est devenu l’élément de literie traditionnel envers et contre toutes les évolutions de la modernité ; il est tout simplement parfaitement adapté à cet environnement.

Le dortoir de hamacs.

Un carbet à hamacs.

Et pour ce qui est de l’eau courante, il suffit de bien intégrer le fait que l’eau du fleuve est, malgré sa couleur, on ne peut plus naturelle. On se surprend là encore à préférer se laver dans le fleuve au petit matin que de se doucher dans une cabine sombre et sordide aménagée pour faire plaisir à un touriste européen cherchant à reproduire ses habitudes. Et pour peu que l’on soit habitué à bivouaquer dans les Alpes, on finira même par préférer se laver dans les eaux marrons d’un fleuve à 26°C que dans celles d’un torrent d’eaux claires à 10°C…

Tout confort au Wadaa Lodge.

Tout confort au Wadaa Lodge.

Au final, nous ne saurions que trop conseiller ce périple à toute personne amoureuse de nature sauvage et grandiose, souhaitant réellement s’immerger dans un environnement naturel plus que de profiter du confort occidental moderne. Seul inconvénient, le retour à la civilisation peut s’avérer un petit peu complexe.

Le Centre Spatial Guyanais

La zone de lancement de Soyouz au CSG.

La zone de lancement de Soyouz au CSG.

La Guyane est certainement une terre étrange et charmante où se côtoient deux extrêmes : la forêt vierge, indomptée par l’homme, sauvage et primitive d’une part, et le Centre Spatial Guyanais (CSG), fleuron de la techno-science française et incarnation parfaite de l’activité humaine dans toute sa modernité d’autre part.

Une petite histoire du CSG

Dans le contexte de course à l’espace qui a caractérisé la seconde moitié du XXème siècle, le général de Gaulle étudie dès 1959 la possibilité d’un programme spatial français par le biais du Comité de Recherches Spatiales (CRS). La création de ce programme est actée en 1961 et le CRS, devenu Centre National d’Études Spatiales (CNES), est chargé de le mettre en œuvre.

Les premiers lancements de fusées françaises auront lieu dès 1965 depuis le site algérien d’Hammaguir, utilisé par l’armée française depuis de nombres années pour le lancement de missiles.

Les accords d’Evian signés suite à l’indépendance de l’Algérie en 1962 ne permettant à la France d’exploiter le site d’Hammaguir que jusqu’en 1967, la France devra réfléchir à la création d’une nouvelle base spatiale sur un autre site.

Afin de pouvoir profiter de l’effet de fronde, il était bien sûr préférable de choisir un territoire proche de l’équateur, il était donc logique que cette base se retrouve à nouveau installée dans les colonies.

Les Antilles ont été considérées pour cette installation mais ce choix n’a pas été retenu en raison des grands risques cycloniques dans cette région. La Guyane bénéficiait en revanche d’un climat stable, ce qui orienta le choix vers ce territoire. Quant au choix de Kourou — où il n’y avait guère que le souvenir de la terrible expédition de 1763 et de ses effroyables bagnes fermés depuis plus de 20 ans – il aurait été dû à la très grande ouverture de cette région sur la mer, permettant de lancer des fusées vers le Nord et vers l’Est en toute sécurité, seules les îles du Salut seraient à sécuriser, ce qui ne posait guère de problème. Enfin, ceci serait l’occasion aussi de redynamiser la région guyanaise, jusqu’alors très reculée et manquant cruellement d’investissement.

C’est ainsi que naît le Centre Spatial Guyanais en 1964, et qu’avec lui se développe l’étonnante ville nouvelle de Kourou.

Les bâtiments d'assemblage d'Ariane 5.

Les bâtiments d’assemblage d’Ariane 5.

Rôle du CSG

Il faut bien comprendre que le CSG n’a pas pour vocation de construire des satellites ou de décider la mise en œuvre d’un quelconque programme spatial, le CSG a en effet pour mission de construire des lanceurs et de les utiliser pour mettre en orbite les satellites de ses clients, qu’ils soient français ou non, civils ou militaires, publics ou privés.

Le CSG travaille en étroite collaboration avec le CNES, chargé de mettre en œuvre le programme spatial français et l’European Space Agency (ESA) chargée de mettre en œuvre le programme spatial européen. Ce sont ces deux agences qui ont pour mission de penser un programme spatial global.

Un autre acteur fondamental du CSG est la société Arianespace dont le rôle est de commercialiser les lanceurs Ariane et de décrocher des contrats de mise en orbite de satellites.

Les satellites quant à eux sont construits par des sociétés spécialisées, lesquelles ont le choix de plusieurs opérateurs pour les faire mettre en orbite. Si ces sociétés choisissent un lancement depuis le CSG, ces satellites seront livrés en Guyane et seront préparés en vue de l’intégration sur le lanceur choisi.

En effet, alors qu’historiquement le CSG ne servait qu’au lancement de fusées Ariane, on peut désormais trouver deux autres lanceurs au CSG : Soyouz et Vega.

La zone de lancement de Vega

La zone de lancement de Vega

Ariane, Soyouz et Vega

Ariane est la fusée emblématique du programme spatial français. D’une forte capacité d’emport, elle peut simultanément mettre en orbite plusieurs satellites de poids important. Le lanceur Ariane actuellement utilisé est Ariane 5, développé par l’ESA. Il a effectué son premier lancement en 1996 après un développement initié en 1987. Ses débuts ont été difficiles mais il s’agit aujourd’hui d’un lanceur dont la fiabilité est bien établie. L’ESA étudie à l’heure actuelle le développement d’une sixième génération d’Ariane.

Les maquettes d'Ariane 5, Soyouz, Vega et de la future Ariane 6.

Les maquettes d’Ariane 5, Soyouz, Vega et de la future Ariane 6.

Soyouz est le lanceur mythique du programme spatial soviétique, puis russe. Conçu dans les années 1960, il est toujours en service et sa rusticité n’a d’égale que sa fiabilité. Si sa base de lancement historique se trouve à Baïkonour au Kazakhstan, des accords commerciaux passés en 2011 entre l’agence spatiale russe et la société Arianespace ont permis son lancement depuis le CSG. L’un des avantages principaux pour le programme spatial russe étant l’effet de fronde dont nous avons parlé qui augmente la capacité d’emport du lanceur de près de 40 % s’il est lancé depuis le CSG et non de Baïkonour.

Quant à Vega, il s’agit du petit dernier de l’ESA. Il présente, comme Soyouz, une faible capacité d’emport, ce qui permet au CSG d’avoir de nombreuses campagnes de lancements simultanées et de maximiser la rentabilité du site. Son développement a été initié dès 1998 et son premier vol a eu lieu en 2012.

Le bâtiment de lancement Ariane/Vega

Le centre de lancement Ariane/Vega

La visite du CSG

Il est possible pour toute personne intéressée de se rendre au CSG et de bénéficier d’une visite guidée gratuite du site. Le contenu de cette visite dépend grandement de l’activité du CSG à ce moment là. Si des satellites sont par exemple en cours de préparation, il ne sera alors pas possible de voir les salles de préparation. Et si un lancement est prévu dans les tous les prochains jours, il vous sera tout simplement impossible d’accéder au site. Et il est déconseillé de resquiller puisque c’est le 3ème Régiment Étranger d’Infanterie (REI) – plus connu sous le nom de légion étrangère – qui assure la sécurité du site.

Mais si vous arrivez à une bonne date – et que vous avez pris soin de réserver votre visite – vous pourrez alors avoir un aperçu de ce site impressionnant. Le CSG ayant une surface comparable à celle de la Martinique, le moyen de transport inévitable est le bus. Mais rassurez-vous, vous aurez de nombreuses occasions d’en descendre : zones de lancement, salles de préparation, salles de lancement, salles de contrôle, etc… Le CSG joue en effet la carte d’une très grande transparence afin de satisfaire la curiosité de tous (et d’entretenir le rêve chez un contribuable pas toujours convaincu de la pertinence des investissements publics).

Pour notre part, nous avons visité le CSG en pleine succession de jours fériés pour cause de carnaval. Nous avons donc découvert un centre plutôt désert mais nous avons tout de même pu visiter la zone de lancement d’Ariane, celle de Soyouz, les salles de lancement d’Ariane et de Vega ainsi que la salle Jupiter – la salle de contrôle de tous les lancements.

La salle Jupiter.

La salle Jupiter.

Et pour ceux d’entre vous qui ont la chance d’être à Kourou un jour de lancement, le CSG met à disposition de nombreux sites d’observation. Il suffit là encore de faire une demande d’invitation (gratuite) sur le site du CSG, les plus chanceux pourront même être dans la salle Jupiter pour le lancement, privilège prioritairement réservé aux industriels ou politiques directement impliqués dans le lancement.

Les îles du Salut

Les îles du Salut, vues depuis la navette.

Les îles du Salut, vues depuis la navette.

Notre tout récent voyage en Guyane est l’occasion de reprendre notre carnet de voyages, pas toujours bien tenu à jour ces derniers temps, la houle tropicale n’incitant pas forcément à passer plus de temps que nécessaire le nez collé sur son écran… Mais après ces huit derniers jours passés au grand air guyanais, il est presque appréciable de ne plus s’exposer aux rayons ardents de notre astre. Et me voici donc de retour à mon clavier.

Camille, face à l'île du Diable

Camille, face à l’île du Diable

Huit jours en Guyane, c’est un peu court jeune homme. On pouvait faire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme. Mais bon, les vacances universitaires étant ce qu’elles sont, on s’est contentés de ce dont on disposait, et on a suffisamment rempli l’emploi du temps pour charger cette escapade de souvenirs riches en émotions et en découvertes. De quoi alimenter ces colonnes pendant quelques semaines, si tant est que je trouve bien sûr le temps de narrer l’inénarrable.

Notre première étape fut la visite des îles du Salut, au large de Kourou.

Une atmosphère polynésienne

Une atmosphère polynésienne

Géographie

Les îles du Salut forment un archipel de trois îles éloignées de quelques dizaines de mètres à peine et situé à 14km au Nord-Est de la ville de Kourou. La plus grande d’entre elle, l’île royale, mesure 28 hectares. La seconde, l’île Saint-Joseph, mesure 20 hectares. Et la dernière, l’île du Diable, mesure 14 hectares.

L'île du Diable, où Dreyfus passa quatre années isolé.

L’île du Diable, où Dreyfus passa quatre années isolé.

D’origine volcanique, ces trois petites îles basaltiques entièrement recouvertes de cocotiers évoquent à bien des égards les îles polynésiennes les plus sauvages. Seule l’opacité de l’eau rappelle au visiteur qu’il est au large de l’Amérique du Sud et non au milieu du Pacifique.

L'ancien hôpital militaire

L’ancien hôpital militaire.

Histoire

Occupées par les amérindiens avant l’arrivée des colons, les îles du Salut portèrent d’abord le nom d’îles du triangle en raison de leur disposition géographique. Les explorateurs les appelèrent ensuite les îles du Diable, en raison de la dangerosité des canaux séparant les trois îles.

C’est à l’occasion de l’expédition de Kourou lancée par Louis XV en 1763 que les îles prendront leur nom actuel. En effet, soucieux de consolider la présence française en Amérique du Sud mise à mal par le traité de Paris, Choiseul voulut envoyer 15 000 colons en Guyane qui ne comptait alors que 7 500 âmes environ. C’est ainsi que 9 000 colons débarquèrent à Kourou entre décembre 1763 et février 1765. Mais les terribles conditions de vie sur le continent sud-américain (fièvre jaune, malaria, etc…) eurent vite raison des colons ; environ 7 000 d’entre eux périrent avant décembre 1765 (!). Une partie des survivants alla se réfugier sur les îles du Diable où le régime venteux permanent chassait les moustiques et assainissait l’air, leur laissant une mince possibilité de survie. C’est à la suite de cette terrible histoire que les îles furent nommées îles du Salut et aussi que la Guyane devint ce qu’elle est encore dans l’imaginaire collectif français : une terre hostile à la vie humaine.

Un bâtiment non rénové

Un bâtiment non rénové

L’exploitation des terres guyanaises, déjà compliquée par l’indomptabilité de sa nature, n’était possible que grâce à l’esclavage qui assurait l’absence de coût de la main d’œuvre. C’est ainsi qu’en 1794, la première abolition de l’esclavage mit un terme aux rêves des colons guyanais ; la Guyane devint alors un lieu de relégation. Et en 1852 commença une nouvelle ère qui marquera elle aussi durablement l’image de la Guyane : celle des bagnes et de la déportation.

La citerne, abritant un caïman depuis 1996 afin d'éliminer les bruyants batraciens...

La citerne, abritant un caïman depuis 1996 afin d’éliminer les bruyants batraciens gênant les touristes…

Le bagne des îles du Salut

Un bagne est installé sur les îles du Salut, profitant des quelques fortifications précédemment édifiées par Louis XV lors des guerres coloniales. Le bagne recevra ses premiers bagnards dès 1852, la plupart d’entre eux étaient alors d’anciens détenus des bagnes métropolitains qui s’étaient portés volontaires pour les bagnes guyanais où on leur promettait un régime de semi-liberté. Mais c’était sans compter sur les dramatiques conditions de vie qui régnaient sur ces bagnes, les pires n’étant pas ceux des îles du Salut mais les bagnes dans la jungle ou, pire, les « bagnes mobiles » consistant à effectuer des travaux forcés en pleine jungle. L’ouverture de la RN 1, parcourant les 300km séparant Cayenne de Saint-Jean du Maroni, est le fruit du travail de ces bagnards ; on estime qu’elle coûta la vie à 15 000 d’entre eux.

L'entrée des cachots sombres

L’entrée des cachots sombres

Sur les quelques 67 000 bagnards qui passèrent par le bagne guyanais, environ 15 000 en revinrent. Il faut dire que même si l’on survivait au bagne, il restait très compliqué de revenir en métropole. En effet, dans le but de peupler la Guyane, le gouvernement français avait mis en place le doublage, une pratique obligeant les bagnards condamnés à des peines de moins de 8 ans à rester – une fois sortis du bagne – l’équivalent de leur temps de condamnation en Guyane. Quant à ceux qui étaient condamnés pour plus de 8 ans, ils devaient y rester à vie.

La maison du médecin, devenue depuis la gendarmerie (deux gendarmes sont sur l'île en permanence)

La maison du médecin, devenue depuis la gendarmerie (deux gendarmes sont sur l’île en permanence).

Ce n’est qu’en 1923 que les premières informations commencent à filtrer sur les dramatiques conditions de vie dans les bagnes grâce à Albert Londres, journaliste engagé qui réussit à visiter le bagne des îles du Salut. Il faudra néanmoins attendre la découverte des camps de la mort allemands à la fin de la seconde guerre mondiale pour que l’État français accepte de regarder en face l’horreur de ses bagnes, les fermant définitivement en 1947.

Le cimetière des enfants, la mortalité ne touchait pas que les bagnards mais aussi les familles de gardiens.

Le cimetière des enfants, la mortalité ne touchait pas que les bagnards mais aussi les familles de gardiens.

Entre temps, il aura abrité des prisonniers aussi célèbres qu’Alfred Dreyfus, isolé quatre années sur l’île du Diable, Guillaume Seznec ou Henri Charrière, dit Papillon, dont le récit faussement auto-biographique retraça toute la légende du bagne. Rares furent ceux qui parvinrent à s’enfuir vivants de ce bagne, les courants et les requins ayant le plus souvent raison d’eux si les gardiens ne les attrapaient pas avant.

L'église du bagne dont l'intérieur a été intégralement peint par le célèbre faussaire Francis Lagrange.

L’église du bagne dont l’intérieur a été intégralement peint par le célèbre faussaire Francis Lagrange.

Les îles aujourd’hui

Abandonné à partir de 1947, le bagne fut laissé en proie aux pilleurs et aux intempéries. Aujourd’hui, les îles appartiennent au CNES, installé à Kourou depuis 1964. Le CNES ainsi que de nombreux autres organismes participent activement depuis une vingtaine d’années à sa restauration et à son exploitation touristique. Un hôtel y a vu le jour ainsi qu’un restaurant mais il est toujours possible pour les plus aventuriers de planter son hamac librement au bord de l’eau. Plusieurs navettes journalières y emmènent les touristes et des visites guidées permettent de mieux cerner la terrible histoire de ce lieu ; le guide, Serge Colin, est d’ailleurs une véritable encyclopédie qui mériterait presque le voyage en Guyane à lui tout seul !

Les logements des gardiens

Les logements des gardiens, aujourd’hui une résidence touristique.

A ce jour, l’île du Diable n’est plus accessible et l’île Saint-Joseph ne l’est que par mer calme, le ponton ayant disparu. Puisque nous y sommes allés un jour de forte houle, nous n’avons donc pu faire que l’île royale, la seule qui est entretenue.

Un agouti, ces rongeurs ont aujourd'hui colonisé l'île royale.

Un agouti, ces rongeurs ont aujourd’hui colonisé l’île royale.

Notez aussi que les îles sont situées sous la trajectoire de tir des fusées lancées depuis le CSG voisin, elle sont donc fermées au public lors des lancements de fusée, mieux vaut donc se renseigner avant d’y aller car ce n’est pas le genre de chose que l’on pense naturellement à vérifier quand on va sur une île…

L’îlet Caret

L'îlet Caret

L’îlet Caret

Je reprends ma plume, ou plutôt mon plumeau, pour dépoussiérer un petit peu ce blog, dramatiquement délaissé du fait de la douce torpeur de l’été puis de la rude frénésie de la rentrée… Cela fait maintenant plus d’un an que nous sommes sur cette île et nous nous sentons encore l’âme de touristes découvrant chaque jour un peu plus de sa nature et de sa culture.

Après beaucoup d’excursions qui mériteraient d’être relatées ici, et qui le seront probablement, ce qui m’a décidé à reprendre l’écriture cette  semaine est celle que nous avons faite en bateau du côté de l’îlet Caret, au beau milieu du Grand Cul-de-sac marin.


Agrandir le plan

Pour ceux qui ne le savent pas, le Grand Cul-de-Sac marin est le lagon qui baigne la baie Nord de la Guadeloupe, le Petit Cul-de-Sac marin étant celui qui baigne la rive Sud – quelle imagination terminologique ! D’une superficie d’environ 150 km² (soit 5 fois le lac d’Annecy, 40 fois celle de Central Park, et quelques centaines de fois celle du lac des Nations de Sherbrooke !!), ce superbe lagon est en grande partie classé dans le Parc National de la Guadeloupe en raison de la richesse de sa faune et de sa flore.

L'îlet Caret

L’îlet Caret

Ce lagon aux fonds de sable blanc comporte de très nombreux herbiers filtrant l’eau et lui donnant cette magnifique couleur turquoise qui le caractérise. Généralement peu profond, il arrive régulièrement que le sable s’accumule pour former ou bien des hauts-fonds sur lesquels viennent s’enraciner des palétuviers rouges pour former la fameuse mangrove qui borde l’essentiel du lagon, ou bien de petites îles de sable blanc où poussent quelques rares cocotiers pour créer le parfait décor de carte postale que l’on attend de la Guadeloupe.

L’îlet Caret est l’une de ces petites terres émergées paradisiaques se situant au milieu du lagon. Il tient son nom de l’espèce de tortues éponyme qui vient régulièrement pondre dans le Grand Cul-de-Sac marin, et en particulier sur l’îlet. Mais s’il est si populaire, ce n’est pas tant pour l’observation des tortues qui pour l’ambiance festive qui y règne tous les week-ends et tous les jours de la saison touristique. En effet, loin de tout et accessible uniquement en bateau, l’îlet Caret est un haut lieu de la fête guadeloupéenne. Mieux vaut donc le savoir avant de s’y aventurer à l’improviste un week-end pour un tête à tête romantique sur une plage de sable fin.

Carbet les pieds dans l'eau

Carbet les pieds dans l’eau sur l’îlet Caret

Si se retrouver sur un Ibiza-Mykonos guadeloupéen n’est pas votre objectif et que vous préférerez l’observation de la faune marine et la farniente sur une plage du bout du monde, vous pouvez opter pour la solution que nous avons choisie : louer un bateau un jour de semaine en plein creux de la saison touristique. Cela nous a permis de nous retrouver parfaitement seuls dans ce magnifique lieu hors du temps, un luxe rare dont nous n’avons pas été mécontents.

Bon, quand je dis louer un bateau, il faut bien avouer que le terme est un peu fort. Ceux qui nous connaissent bien savent que nous avons depuis peu nos permis côtiers en poche, mais ceux d’entre vous qui ont déjà passé le permis bateau connaissent aussi le sérieux de la formation pratique, se résumant à une demi-journée sur un bateau à exécuter des manœuvres pavloviennes sous les ordres du formateur. C’est donc parfaitement conscient de notre absolue nullité en pilotage et de nos origines urbano-alpines que nous avons pris la sage décision de louer une barcasse avec un moteur de 6CV, laquelle met environ 1h30 pour faire ce qu’un 150CV fait en 10 minutes. Mais pourquoi se presser quand on navigue dans des paysages aussi idylliques ? Du moins la première fois…

The Speed Boat !

The Speed Boat !

Ceci étant, si notre décision était en apparence la plus sage, force est tout de même de constater qu’elle comportait son lot de risques puisque ledit  6CV semblait souffrir d’un certain manque d’entretien. Si j’étais mauvaise langue je dirais que cela tient à la faiblesse du coût réduit de la location, mais je ne le suis pas, alors je ne vais rien dire du tout. Toujours est-il qu’après 1h20 de traversée du Cul-de-Sac marin à une vitesse rivalisant avec celle de l’holothurie en pleine course, notre brave moteur rendit l’âme alors que nous étions à quelques encablures de l’îlet… Heureusement, il y avait suffisamment de fond pour que nous ancrâmes, le temps était au beau fixe et les téléphones portables passaient, ce qui nous permit d’appeler le loueur et d’attendre tranquillement qu’il vienne nous tracter jusqu’à l’îlet. Si nous nous rêvions en Christophe Colomb découvrant la Caraïbe au départ, force est de constater que notre arrivée sur l’îlet fut des moins glorieuses.

Mais arrivé sur place, l’endroit était d’un charme amplement suffisant pour faire oublier ces quelques broutilles mécaniques et nous pûmes profiter paisiblement de l’îlet alors que le loueur réparait notre moteur usant d’une méthode aussi rude qu’efficace, dont je tairais les détails eu égard aux défenseurs des moteurs battus qui fréquentent certainement ce blog régulièrement.

L'îlet Caret

L’îlet Caret

Au final, s’il est clair que l’excursion à l’îlet Caret peut être un grand moment de votre séjour en Guadeloupe, je vous conseillerai juste de bien choisir votre bateau et votre jour. Car si vous tombez par hasard sur un Mercury Day, l’ambiance peut être légèrement différente de celle que nous avons connue…

La Désirade

Beauséjour

Beauséjour

Située au large de Saint-François, la Désirade est l’île la plus orientale de l’archipel de la Guadeloupe. S’étendant sur 11km le long d’un axe NE et mesurant environ 2km de large cette ancienne île calcaire ne compte que 1600 âmes, réparties le long de la côte Sud en quelques lieux-dits – Baie-Mahault, Beauséjour, Le Souffleur – regroupés en une unique commune.

La pointe des châteaux, vue du large

La pointe des châteaux, vue du large

A cette île principale sont aussi rattachés les îlets de Petite-Terre, situés à quelques milles au Sud. Ces derniers n’ajoutent cependant aucun habitant à la commune puisqu’ils sont inhabités depuis l’automatisation du phare en 1972 et constituent aujourd’hui une réserve naturelle.

Le nom de l’île est une traduction du nom espagnol, Desirada, donné à l’île par Christophe Colomb alors qu’il s’agissait de la première île des Antilles qu’il croisait, cette île tant désirée, lors de son second voyages aux Antilles en 1493.

La Désirade, vue depuis Baie-Mahault

La Désirade, vue depuis Baie-Mahault

Une topographie particulière

La Désirade se compose principalement d’un plateau calcaire culminant à 250m. Ce plateau est bordé par une étroite plaine le long de sa rive Sud et par d’abruptes falaises de long de la côte Nord.

Le relief de l’île, très abrupt, n’a permis l’implantation de la population que le long de sa rive Sud, le plateau étant réservé aux fermes éoliennes, fortement sollicitées par les alizés balayant constamment l’île.

La plage du Souffleur, vue des éoliennes

La plage du Souffleur, vue des éoliennes

La partie la plus septentrionale de l’île a récemment été classée comme réserve géologique nationale. La Désirade est en effet l’une des îles les plus anciennes situées sur la plaque Caraïbes. Elle constitue donc un terrain de recherche privilégié pour les géologues s’intéressant à cette région.

Un bateau de pêche tradtionnel

Un bateau de pêche tradtionnel

Une île de pêche

A l’heure actuelle, la Désirade est sans conteste l’île la plus simple et la plus authentique de l’archipel guadeloupéen. Dotée d’un relief abrupt et fortement exposée aux alizés, la Désirade n’a jamais été une terre propice à l’agriculture et encore moins à la culture sucrière. Elle n’a donc pas pu profiter de l’essor de cette industrie lors des siècles passés. On y a bien trouvé une cotonnerie, mais rien de suffisant pour lancer l’île dans une grande dynamique agricole.

Ruines de l'anciennce cotonnerie

Ruines de l’anciennce cotonnerie

Comme ce fut le cas pour les îles des Saintes, elle a donc concentré son activité sur la pêche, particulièrement favorisée par l’abondance de poisson dans les profondes eaux océaniques entourant l’île. Aujourd’hui, la pêche désiradienne représenterait environ 40 % des poissons consommés en Guadeloupe.

Notre-Dame du Calvaire

Notre-Dame du Calvaire

Un tourisme raisonné

Contrairement aux Saintes qui ajoutent à l’économie piscicole celle d’un tourisme florissant, la Désirade voit son entière économie orientée autour de la pêche. Les causes de la faiblesse du tourisme sur l’île sont multiples.

Il y a d’abord le site géographique, présentant une topographie bien moins exceptionnelle que celui des Saintes, et moins propice au tourisme balnéaire.. Les plages, quoique magnifiques, sont moins nombreuses que celles des Saintes et elles ne permettent pas la même diversité d’activités nautiques. Fortement exposée aux alizés et à la houle de l’atlantique, les eaux de la Désirade sont en effet bien plus hostiles que celles entourant les Saintes.

Plage à Fifi

Plage à Fifi

L’hostilité de la mer dans cette région est un autre facteur de frein du développement touristique. En effet, les eaux du canal de la Désirade ont longtemps été connues pour être fort dangereuses et les traversées étaient historiquement périlleuses, du moins jusqu’à l’arrivée des nouveaux navires traversiers.

Mais il y a aussi, et peut-être surtout, une raison historique liée au fait qu’au XVIIIème siècle, l’île fut dotée d’une léproserie. En outre, l’île fut aussi utilisée comme terre d’exil pour les indésirables de la cour du roi. Ceci fit que la Désirade fut longtemps perçue comme une île pour les parias et les apatrides. La léproserie fut détruite lors du cyclone de 1928 et les Désiradiens s’empressèrent de faire disparaître les restes de cette sombre période. On ne peut aujourd’hui en voir aucune trace, et le sujet semble ne pas être des plus heureux à aborder.

De ce fait, les infrastructures touristiques sont peu nombreuses et souvent d’une très grande simplicité, notamment en terme de restauration. Les touristes avides d’activités nautiques et de bars de plage sont donc automatiquement détournés vers les Saintes, laissant à la Désirade toute la tranquillité et la simplicité qui font son charme.

Bateaux de pêche

Bateaux de pêche

La Guadeloupe d’antan

Aux dires des Antillais les plus âgés, la Désirade permet de se faire une idée de ce qu’était la vie en Guadeloupe il y a trente ou quarante ans (comme c’était déjà un peu le cas à Marie-Galante, tout de même bien plus grande et plus développée).

Les voitures sont ici très peu nombreuses, l’île ne comportant qu’une seule route en ligne droite pour une longueur totale de 11km, et les scooters des touristes n’y ont pas fleuri comme aux Saintes. On compte au final bien plus de bateaux de pêche que de véhicules sur l’île.

Fronton de la station météorologique

Fronton de la station météorologique

Le sentiment de sécurité y est total, l’île ne souffrant apparemment pas des mêmes problèmes que l’agglomération pointoise. Les Désiradiens sont donc ouverts et affables, toujours prêts à discuter et à partager la culture qui est la leur.

Inutile aussi de chercher une hôtellerie de luxe, des restaurants étoilés, des boîtes de nuits ou des centres d’activités sportives. Ici, les grands temples de la consommation moderne sont remplacés par de petites chapelles vouées à la contemplation d’un temps suspendu, rythmé par le soleil et les alizés.

Nord de la Désirade, vue depuis la station météorologique

Nord de la Désirade, vue depuis la station météorologique

Terre-de-Haut

Pompierre, Terre-de-Haut

Pompierre, Terre-de-Haut

A quelques kilomètres au Sud de la Basse-Terre se situe le célèbre archipel des Saintes composé de quelques îles, dont deux seulement sont habitées : Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Chacune de ces deux îles est constituée d’une seule commune appartement au département de la Guadeloupe ; Terre-de-Haut compte 1800 âmes, à peu près deux fois plus que sa petite sœur Terre-de-Bas.

Très appréciées par les touristes, les Saintes ont la réputation d’avoir su préservé un mode de vie d’un autre temps : on s’y déplace principalement à pied, la vie n’est rythmée que par le soleil et par les passages des bateaux venant de la Guadeloupe, le sentiment de sécurité y est parfait…

Grande Anse, Terre-de-Haut

Grande Anse, Terre-de-Haut

Pour ne rien gâcher, le faible relief des îles des Saintes fait que les nuages les survolent sans jamais s’y accrocher. L’archipel bénéficie ainsi d’un climat bien plus sec que la Guadeloupe et on est assuré d’y trouver le soleil lors de son séjour, période cyclonique mise à part bien sûr. L’expérience nous permet de le confirmer puisque nous y avons passé la dernière semaine sous un soleil caniculaire, alors que la Guadeloupe était sous les eaux.

Une nature… appréciée des touristes

Coucher de soleil

Coucher de soleil

Si, comme nous, votre motivation première pour aller aux Saintes est d’y trouver une belle nature sauvage, vous serez servis si vous y passez plusieurs jours, et déçus si vous n’y passez qu’une journée. En effet, l’île ne révèle sa beauté qu’au petit matin et à partir du soleil couchant.

Entre les deux se pressent de tristes hordes de touristes grillés au soleil puis gratinés à la crème solaire, lesquels envahissent bruyamment les lieux pour y passer les (terribles) heures chaudes de la journée à se retourner lourdement sur le sable pour parfaire leurs rougeurs avant de retourner éponger leur coups de soleil dans leur ti punchs quotidiens. Mais une fois que cette effrayante troupe a quitté les lieux, la nature reprend ses droits et offre au touriste patient et contemplatif de magnifiques anses sauvages où fourmille une riche faune sous-marine et aviaire.

Horibeau violacé à l'aube, Figuier, Terre-de-Haut

Horibeau violacé à l’aube, Figuier, Terre-de-Haut

Une population singulière

Au-delà de leur topographie singulière et de leur charmante nature, les Saintes recèlent aussi une véritable particularité dans les Antilles : sa population. En effet, contrairement à la quasi-totalité de l’arc antillais, on ne trouve pratiquement pas de métissage en Terre-de-Haut, les Saintois étant pour la plupart des descendants directs des colons bretons et normands du XVIIème siècle.

Pompierre, Terre-de-Haut

Pompierre, Terre-de-Haut

La raison principale de cette absence de métissage est que Terre-de-Haut a de tout temps été tournée vers la mer et très peu vers la terre. N’ayant jamais développé de plantations de canne, de coton ou d’indigo, Terre-de-Haut n’a donc jamais éprouvé le besoin de faire venir des esclaves à la terrifiante époque du commerce triangulaire. Et si un léger métissage existe maintenant, l’isolement et l’insularité font que les Saintois restent majoritairement entre eux.

Ceci dit, l’ambiance saintoise reste résolument caribéenne et au jour d’aujourd’hui, il faut bien avouer que la culture saintoise n’a plus rien de breton, et est parfaitement intégrée à la culture antillaise.

Vue du Chameau, Terre-de-Haut

Vue du Chameau, Terre-de-Haut

Une longue histoire militaire

Malgré leur très faible taille, les îles des Saintes ont aussi occupé une place non-négligeable dans l’histoire, la topographie torturée de Terre-de-Haut procurant l’un des points de mouillage les plus sûrs des Antilles. C’est ainsi que de nombreuses garnisons militaires ont occupé l’île au fil des siècles.

La marine française avait d’abord pour vocation de chasser l’ennemi anglais de nos colonies ; il faut en effet savoir que les Antilles ont fait l’objet d’une lutte sans merci entre les pays colonisateurs européens : la Guadeloupe est ainsi passée plusieurs fois aux mains des Anglais alors que la Dominique est passée plusieurs fois entre les nôtres avant de revenir au Commonwealth…

La vue du gîte de l'Anse Figuier

La vue du gîte de l’Anse Figuier

Les Saintes sont rentrées dans l’histoire guerrière en avril 1782, alors que les forces françaises tentaient de profiter de la guerre d’indépendance américaine pour prendre la Jamaïque aux Anglais. Mal leur en a pris ; la tentative s’est soldée par une retraite dans l’archipel des Saintes où les anglais ont capturé la superbe Ville de Paris après que le comte de Grasse, a cours de munitions, eut fait charger les canons du vaisseau avec son argenterie. L’invasion de la Jamaïque ne devait donc pas avoir lieu.

Aujourd’hui, il reste un certain nombre de fortifications attestant de cette ancienne présence militaire, comme le fort Napoléon, le fort Joséphine ou le Chameau, chacune offrant un panorama imprenable sur l’archipel, pour le plus grand plaisir des randonneurs osant affronter le terrible soleil saintois.

Vue du Fort Napoléon, Terre-de-Haut

Vue du Fort Napoléon, Terre-de-Haut

Conclusion

Terre-de-Haut constitue ainsi un charmant lieu d’escapade pour quelques jours. En s’organisant un petit peu, on parvient à éviter les touristes journaliers et à profiter de l’île à ses heures les plus calmes. Et il faut tout de même reconnaître que l’importante activité touristique de l’île a permis l’ouverture d’un certain nombre de bonnes tables dans l’archipel, ce qui n’est pas le plus mauvais point…

Et pour ceux d’entre vous qui se sont enregistrés, une petite galerie photo a été créée pour l’occasion, vous pouvez y accéder via l’onglet “Galeries Photos” en haut à gauche (après vous être authentifiés bien sûr).

Le grand cachalot en Guadeloupe

Nageoire caudale, visible au moment où le cachalot sonde.

La fameuse nageoire caudale du cachalot.

Je renfile ce soir ma casquette de naturaliste du dimanche pour vous entretenir d’une espèce animale qui m’est chère, et que nous avons eu la surprise de découvrir dans nos eaux caribéennes: le Physeter macrocephalus, plus connu sous le nom de cachalot.

En effet alors que nous avions déjà croisé cet animal naviguant au large des côtes norvégiennes en 2008, puis que nous avions appris sa présence dans l’estuaire du Saint-Laurent en 2010 avant de croiser un triste cachalot échoué sur les plages islandaises l’été 2012 (âmes sensibles, s’abstenir de cliquer sur ce lien), nous en avions hâtivement déduit qu’il s’agissait d’un animal d’eaux froides, oubliant par là-même les longs chapitres d’Hermann Melville dédiés à la traque du grand cachalot blanc dans les eaux tropicales…

Souffle du cachalot

Le souffle du cachalot.

C’est donc plutôt dans l’idée d’observer des baleines à bosses et d’éventuelles baleines bleues que nous nous sommes rendus la semaine dernière au charmant musée Balen Ka Souflé de l’association Evasion Tropicale afin d’embarquer sur leur bateau d’observation. Mais bien que ces espèces migratrices soient présentes dans les eaux tropicales pendant l’hiver afin de se reproduire, ce sont bel et bien des cachalots que nous avons pu observer ce jour.

Pour tout savoir du cachalot je ne peux que vous renvoyer aux folkloriques lignes de Moby Dick dédiées à ce majestueux animal, même si je ne vous cacherai pas que vos connaissances souffriront d’un léger biais lié au romantisme de l’époque. Mais si vous n’avez pas envie de parcourir les quelques 750 pages de ce roman pourtant trépidant, voici un bref rappel de la situation. Le cachalot est un cétacé, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas d’un poisson mais d’un mammifère marin. Les cétacés se répartissent en deux ordres : les mysticètes, plus connues sous le nom de “baleines à fanons”, et les odontocètes, plus communément appelés “baleines à dents”. Les plus connus des mysticètes sont la baleine bleue, la baleine à bosses et le rorqual commun et les plus connus des odontocètes sont le cachalot et l’orque épaulard.

Une femelle et un petit

Une femelle et un petit.

Mesurant plus de dix mètres pour les femelles et plus de quinze pour les mâles, le cachalot pèse près d’une quinzaine de tonnes, ce qui fait de lui le plus grand des odontocètes, et par conséquent l’un des plus grands mammifères vivant sur notre planète (des fois que des mammifères vivent ailleurs, je préfère préciser).

Notre fidèle lectrice Mélissa sera heureuse d’apprendre que la présence des cachalots dans la mer des Caraïbes dépend de leur sexe. En effet, les femelles et les mâles juvéniles vivent en groupes familiaux résident dans les eaux chaudes tout au long de l’année alors que les grands mâles partent chasser en solitaire dans les fertiles eaux froides de l’Atlantique Nord pendant l’été et ne reviennent dans les eaux tropicales que pour se reproduire l’hiver.

Une femelle sonde et le baleineau reste en surface

Une femelle sonde et le baleineau reste en surface.

Roi des superlatifs, le cachalot est aussi connu pour ses plongées dans les très grandes profondeurs, puisqu’il aime à naviguer entre 1000 et 2000 mètres, profondeur à laquelle il trouve le gibier adéquat à sa nutrition, notamment les fameux calamars géants. Puisqu’il s’agit d’un mammifère, il doit cependant remonter régulièrement à la surface pour respirer, environ toutes les 50 minutes, il y reste alors une dizaine de minutes pour reprendre son souffle, c’est à ce moment là que l’on peut l’observer. Une fois sa respiration prise, il replonge à une vitesse de 200 à 600 mètres par minute, ce que l’on appelle sonder. C’est précisément lorsque l’animal sonde qu’il bascule à la verticale et laisse voir sa nageoire caudale, pour le plus grand bonheur des photographes.

Souffle du cachalot

Souffle caractéristique du cachalot.

Longtemps chassé pour son ambre gris, son spermaceti et son ivoire, le cachalot est aujourd’hui une espèce vulnérable et protégée en conséquence. Elle demeure cependant observable en de nombreux points du globe, si tant est qu’il y a une profondeur suffisante. Et par chance, il y a précisément un tombant au large de Bouillante avec plus de 2000 mètres de profondeur, un site idéal pour l’observation.

Rostre et nageoire dorsale

Rostre et nageoire dorsale

Nous avons ainsi eu la chance d’observer plusieurs groupes familiaux, avec notamment des baleineaux en plein allaitement. Si l’on utilise le terme “groupe familial” au lieu de famille, c’est bien parce que les baleineaux ne sont pas élevés par leur mère, mais par n’importe quelle femelle du groupe. En effet, comme nous avons pu l’observer de nos propres yeux, un baleineau affamé restera en surface en attendant que les différentes femelles du groupe familial remontent respirer, il ira alors téter de l’une à l’autre jusqu’à être rassasié, puis plongera à quelques centaines de mètres de profondeurs, ne sachant pour sa part pas encore sonder adéquatement.

La femelle sonde et le baleineau reste en surface

La femelle sonde et le baleineau reste en surface

Mais ne vous méprenez pas, même si l’on parle de “baleineau“, la taille de l’animal laisse déjà pantois: il mesure 4 mètres à sa naissance et prendre plusieurs dizaines de kilos par jour. Pour vous faire une idée, vous pouvez d’ailleurs observer le rostre de quelques baleineaux sur les photos, cela vous donnera une idée du jeune animal.

Souffle du cachalot

Souffle.

Ainsi, même après plusieurs rencontres avec ces grands mammifères, aucune lassitude ne s’installe et je dirai même qu’au contraire la fascination et la magie se renforcent. La saison commence à toucher à sa fin pour l’observation des mysticètes en partance vers les mers du Nord mais nous espérons bien les retrouver dans nos eaux l’hiver prochain ! En attendant, ceux d’entre vous qui désirent voir certains des odontocètes résidant dans nos eaux savent où se rendre…

Mars en photos

Quelques photos prises pendant le séjour de Marion et Clémence.

Saut d'acomat

Saut d’Acomat

Saut de la lézarde

Saut de la lézarde

Les Saintes

Les Saintes

Les Saintes

Les Saintes

Fumerolle de la Soufrière

Fumerolle de la Soufrière

Porte d'enfert

Porte d’enfer

Pointe des chateaux

Pointe des châteaux

Rivière gros corde

Rivière Grosse Corde

Bois Jolan

Bois Jolan

La troisième chute du Carbet

La troisième chute du Carbet

La troisième chute du Carbet

Bien, il était temps que cet affreux scolopendre débarrasse notre “une” et cet article fera l’office de tong virtuelle pour le renvoyer dans les limbes dont il n’aurait jamais du sortir. Ce post donc, pour continuer la série dédiée au Grand Carbet (voir les posts ici et si vous avez manqué les épisodes précédents).

Nous sommes donc allés il y a une quinzaine de jours voir la fameuse troisième chute du Carbet qui s’élance dans les hauteurs de Capesterre-Belle-Eau. Bien que l’accès à la chute du Carbet soit vaguement interdit pour des raisons de sécurité, la petite marche d’une heure qui y mène est très populaire et nous y avons croisé nombre de touristes (le touriste hivernal étant facilement reconnaissable par sa pâleur inégalable et par son équipement démesuré pour une marche d’une heure). Mais si la marche ne présente pas de grandes difficultés, elle n’en demeure pas moins très boueuse (sans pour autant parvenir à égaler les marches qui mènent à la chute Moreau ou au saut de la Lézarde, sur lesquelles nous reviendrons une autre fois), ce qui en faisait râler plus d’un (et rire d’autres).

La troisième chute du Carbet

On était bien au pied…

En tout cas, qu’ils aient été découragés par ladite boue ou par les panneaux inquiétants qui annoncent un danger imminent à l’arrivée sur la chute, il nous a été bien agréable de découvrir le site totalement vierge de touristes !

... et même plus !

… et même plus !

C’est ainsi que nous avons pu découvrir en toute tranquillité cette superbe chute qui n’a rien à envier à ses deux grandes sœurs. Car si ses 20 mètres de hauteur ne la rendent pas aussi spectaculaire que les 115m et 110m que font respectivement les deux premières chutes, elle en garde tout le débit et se trouve ainsi être la plus puissante chute de Guadeloupe. Mais soyons honnête, les superlatifs nous importent peu, ce qui frappe surtout lorsque l’on arrive au pied de la troisième chute est la magnifique vasque qui lance un appel irrésistible à la baignade.

Et replouf !

Et replouf !

Cette troisième chute s’est donc avérée être une excellente surprise, même si nous ne doutons pas que nous avons eu de la chance de profiter du site pour nous seuls et que l’atmosphère doit être bien différente quand les hordes de touristes l’assaillent. Je vous laisse sur un petit panorama des lieux en vidéo (et comme nous avons changé d’appareil photo, la qualité s’en ressent un petit peu).