La branche vivante

Une charmante créature
Une charmante créature

Si je reprends ma plume ce soir pour vous parler d’un sympathique habitant des environs. Situé dans le règne animal, embranchement des arthropodes, sous-embranchement des hexapodes, classe des insectes, sous-classe des pterygotes, infra-classe des néoptères, super-ordre des orthopteroides et de l’ordre des phasmatodes, j’ai nommé le phasme.

Si vous ne connaissez pas encore cette charmante créature et que l’arborescence citée plus haut ne vous aide pas, n’en déplaise aux taxinomistes linnéens, je simplifierai et dirai qu’il s’agit d’un être vaguement vivant situé quelque part entre le bout de bois et l’insecte.

Je vois d’ici les biologistes pointer leur nez et me dire que « phasme » est tout de même un peu vague et qu’il y a des tas de sortes de phasmes. On compte en effet 3 taxons sous-ordinaux de phasmes se répartissant eux-mêmes en plusieurs familles et sous-familles, ce qui nous permet de dénombrer environ 20 catégories de phasmes. Continuant mon effort de simplification, je dirai simplement qu’il y a des phasmes plus ou moins moches et plus ou moins gros.

Mais, me direz-vous, s’il y a vingt types de phasmes différents et que l’on sait les distinguer, qu’est-ce alors qui les rapproche sous une même bannière linnéenne ? Leurs opinions politiques, peut-être ? Non, le phasme est un anarchiste individualiste. Alors peut-être une culture linguistique ? Encore non, ou alors à classer la carpe parmi les phasmes. Peut-être alors leur inaptitude à survivre dans le vide ou dans les grandes profondeurs ? Encore une fois non, nous ne sommes pas non plus des phasmes. Alors, je vais vous dire, ce qui caractérise le phasme est sa laideur.

Portrait de phasme
Portrait de phasme

Si le phasme est si repoussant (et j’ose le dire en toute objectivité scientifique), c’est par sa capacité à avoir trouvé une apparence qui relève à la fois du végétal et de l’animal. Le phasme, quel que soit son type, a en effet toujours l’apparence d’un élément végétal : brindille, feuillage, branche, etc… Transgressant les frontières usuelles du monde du vivant, le phasme est à la plante ce que La Mouche de Cronenberg ou La Métamorphose de Kafka est à l’être humain: une créature mutante, insaisissable, errant comme une âme en peine dans l’immensité phylogénétique.

De la pieuvre, Hugo écrivait : « Chose épouvantable, c’est mou », suscitant immédiatement le dégoût et la répulsion. Je ne sais quel mot il aurait eu pour le phasme mais quoi qu’il en soit, « épouvantable » lui sied à la perfection.

Mais alors pourquoi diable une créature aussi horrible ? Paye-t-elle elle aussi le prix d’un indicible péché originel en un paradis perdu ? Malheureusement, je crains que le darwinisme n’ait raison de toute poésie et que cette triste créature ne soit parvenue jusqu’à notre ère que grâce à l’incroyable camouflage que lui permet sa morphologie quasi-végétale. En effet, même face à un vivarium empli de phasmes dans un brin de végétation, il faut souvent de longs moments pour parvenir à repérer ces monstruosités.

En tout cas, ce qui est certain, c’est que ce ne sont pas ses capacités intellectuelles qui ont permis au phasme de traverser les éons. J’en veux pour preuve ce magnifique diaphéromide qui est venu se réfugier sur notre terrasse en se camouflant… sur un poteau en PVC blanc.

Einstein le phasme
Einstein le phasme

Alors, je veux bien qu’il faisait tout son possible pour ne pas se faire remarquer (surtout du chat) en se laissant légèrement balloter par la brise telle une branche morte. Si j’étais indulgent, je dirais même qu’il aurait pu s’agir d’une excroissance malencontreuse du poteau ou bien d’une branche d’arbre tombée sur une paroi verticale, mais il faut se rendre à l’évidence : Darwin a tort, le monde qui nous entoure est simplement dû à un hasard cynique qui laisse survivre des espèces définitivement sans espoir et qui fait s’éteindre les plus majestueuses !

Mais pour être tout à fait franc, je préfère trouver des phasmes sur ma terrasse que des tigres à dents de sabre. Alors finalement, cet inéluctable évolution n’est peut-être pas si terrible…

PS : Et si avec ça je n’obtiens pas mon doctorat d’entomologie, je ne sais plus quoi faire !

6 thoughts on “La branche vivante

  1. J’ai deja vu une video de phasme dansant sur les battements de la musique… Ca pourrait être sympa de tenter l’expérience…
    Si tu es devenu un fan des phasmes, tu peux aller faire un tour au vivarium du parc des mammelles. Les voir est un véritable challenge!

  2. Si je retrouve un phasme dans mon jardin, promis, je le pose devant mes enceintes et lui mets de la techno à fond dans les oreilles, on verra bien le résultat 🙂

    Et sinon oui, ceux du parc des mamelles sont bien cachés effectivement. Mais pour l’expérience que j’en ai eu, le record revient au mabouya que je n’ai pas du tout réussi à voir la première fois et qui était bien recroquevillé dans un coin la seconde, alors qu’il s’agit tout de même d’un beau morceau !

    1. Bonjour Marie,

      Non, un phasme ne pique pas. C’est un herbivore, il se contente donc de manger des plantes. Ainsi, même si son apparence est un peu effrayante, il n’y a pas à en avoir peur.

      Donc tout va bien pour nous ici, on ne risque rien 🙂

    1. C’est vrai que ça a l’air croustillant mais c’était la période des fêtes quand nous l’avons croisé, alors je me suis rabattu sur le foie gras…

      Ceci étant, ça me donne l’idée de faire de lancer une entreprise de gavage de phasmes, ça peut avoir son petit succès au moment des fêtes.

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