Le grand cachalot en Guadeloupe

Nageoire caudale, visible au moment où le cachalot sonde.
La fameuse nageoire caudale du cachalot.

Je renfile ce soir ma casquette de naturaliste du dimanche pour vous entretenir d’une espèce animale qui m’est chère, et que nous avons eu la surprise de découvrir dans nos eaux caribéennes: le Physeter macrocephalus, plus connu sous le nom de cachalot.

En effet alors que nous avions déjà croisé cet animal naviguant au large des côtes norvégiennes en 2008, puis que nous avions appris sa présence dans l’estuaire du Saint-Laurent en 2010 avant de croiser un triste cachalot échoué sur les plages islandaises l’été 2012 (âmes sensibles, s’abstenir de cliquer sur ce lien), nous en avions hâtivement déduit qu’il s’agissait d’un animal d’eaux froides, oubliant par là-même les longs chapitres d’Hermann Melville dédiés à la traque du grand cachalot blanc dans les eaux tropicales…

Souffle du cachalot
Le souffle du cachalot.

C’est donc plutôt dans l’idée d’observer des baleines à bosses et d’éventuelles baleines bleues que nous nous sommes rendus la semaine dernière au charmant musée Balen Ka Souflé de l’association Evasion Tropicale afin d’embarquer sur leur bateau d’observation. Mais bien que ces espèces migratrices soient présentes dans les eaux tropicales pendant l’hiver afin de se reproduire, ce sont bel et bien des cachalots que nous avons pu observer ce jour.

Pour tout savoir du cachalot je ne peux que vous renvoyer aux folkloriques lignes de Moby Dick dédiées à ce majestueux animal, même si je ne vous cacherai pas que vos connaissances souffriront d’un léger biais lié au romantisme de l’époque. Mais si vous n’avez pas envie de parcourir les quelques 750 pages de ce roman pourtant trépidant, voici un bref rappel de la situation. Le cachalot est un cétacé, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas d’un poisson mais d’un mammifère marin. Les cétacés se répartissent en deux ordres : les mysticètes, plus connues sous le nom de « baleines à fanons », et les odontocètes, plus communément appelés « baleines à dents ». Les plus connus des mysticètes sont la baleine bleue, la baleine à bosses et le rorqual commun et les plus connus des odontocètes sont le cachalot et l’orque épaulard.

Une femelle et un petit
Une femelle et un petit.

Mesurant plus de dix mètres pour les femelles et plus de quinze pour les mâles, le cachalot pèse près d’une quinzaine de tonnes, ce qui fait de lui le plus grand des odontocètes, et par conséquent l’un des plus grands mammifères vivant sur notre planète (des fois que des mammifères vivent ailleurs, je préfère préciser).

Notre fidèle lectrice Mélissa sera heureuse d’apprendre que la présence des cachalots dans la mer des Caraïbes dépend de leur sexe. En effet, les femelles et les mâles juvéniles vivent en groupes familiaux résident dans les eaux chaudes tout au long de l’année alors que les grands mâles partent chasser en solitaire dans les fertiles eaux froides de l’Atlantique Nord pendant l’été et ne reviennent dans les eaux tropicales que pour se reproduire l’hiver.

Une femelle sonde et le baleineau reste en surface
Une femelle sonde et le baleineau reste en surface.

Roi des superlatifs, le cachalot est aussi connu pour ses plongées dans les très grandes profondeurs, puisqu’il aime à naviguer entre 1000 et 2000 mètres, profondeur à laquelle il trouve le gibier adéquat à sa nutrition, notamment les fameux calamars géants. Puisqu’il s’agit d’un mammifère, il doit cependant remonter régulièrement à la surface pour respirer, environ toutes les 50 minutes, il y reste alors une dizaine de minutes pour reprendre son souffle, c’est à ce moment là que l’on peut l’observer. Une fois sa respiration prise, il replonge à une vitesse de 200 à 600 mètres par minute, ce que l’on appelle sonder. C’est précisément lorsque l’animal sonde qu’il bascule à la verticale et laisse voir sa nageoire caudale, pour le plus grand bonheur des photographes.

Souffle du cachalot
Souffle caractéristique du cachalot.

Longtemps chassé pour son ambre gris, son spermaceti et son ivoire, le cachalot est aujourd’hui une espèce vulnérable et protégée en conséquence. Elle demeure cependant observable en de nombreux points du globe, si tant est qu’il y a une profondeur suffisante. Et par chance, il y a précisément un tombant au large de Bouillante avec plus de 2000 mètres de profondeur, un site idéal pour l’observation.

Rostre et nageoire dorsale
Rostre et nageoire dorsale

Nous avons ainsi eu la chance d’observer plusieurs groupes familiaux, avec notamment des baleineaux en plein allaitement. Si l’on utilise le terme « groupe familial » au lieu de famille, c’est bien parce que les baleineaux ne sont pas élevés par leur mère, mais par n’importe quelle femelle du groupe. En effet, comme nous avons pu l’observer de nos propres yeux, un baleineau affamé restera en surface en attendant que les différentes femelles du groupe familial remontent respirer, il ira alors téter de l’une à l’autre jusqu’à être rassasié, puis plongera à quelques centaines de mètres de profondeurs, ne sachant pour sa part pas encore sonder adéquatement.

La femelle sonde et le baleineau reste en surface
La femelle sonde et le baleineau reste en surface

Mais ne vous méprenez pas, même si l’on parle de « baleineau« , la taille de l’animal laisse déjà pantois: il mesure 4 mètres à sa naissance et prendre plusieurs dizaines de kilos par jour. Pour vous faire une idée, vous pouvez d’ailleurs observer le rostre de quelques baleineaux sur les photos, cela vous donnera une idée du jeune animal.

Souffle du cachalot
Souffle.

Ainsi, même après plusieurs rencontres avec ces grands mammifères, aucune lassitude ne s’installe et je dirai même qu’au contraire la fascination et la magie se renforcent. La saison commence à toucher à sa fin pour l’observation des mysticètes en partance vers les mers du Nord mais nous espérons bien les retrouver dans nos eaux l’hiver prochain ! En attendant, ceux d’entre vous qui désirent voir certains des odontocètes résidant dans nos eaux savent où se rendre…

3 thoughts on “Le grand cachalot en Guadeloupe

  1. Excellent, le tag en créole ! 😀
    Je savoure à chaque fois ces articles scientifiques… Même si j’ai découvert que Mélissa avait mis à nu une certaine insuffisance dans les informations communiquées !

    1. Le créole a le mérite d’être assez explicite oui 🙂 Et c’est effectivement dommage que Mélissa n’ait pas apporté son regard critique acéré sur cet article, je suis sûr qu’elle aurait eu de nombreuses précisions à apporter.

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