Une remontée du Maroni

Pêcheurs sur le Maroni
Pêcheurs sur le Maroni

A l’extrême ouest de la RN1 construite par les bagnards de Guyane se trouve la ville de Saint-Laurent-du-Maroni, porte d’entrée d’un monde fluvial unique : celui du Maroni et de ses habitants, les Bushinenge.

C’est à proximité de cette ville que nous avons embarqué sur notre pirogue pour y passer quatre jours à remonter les quelques 280 km de fleuve qui séparent Saint-laurent-du-Maroni de Maripasoula.

Une machine à coudre, laissée en clin d’œil à Levi-Strauss ?
Une machine à coudre, laissée en clin d’œil à Levi-Strauss ?

La découverte de ce fleuve a été une grande expérience tant d’un point de vue naturel que culturel. Il y a tant à dire que ce post serait trop long si je voulais traiter le sujet en une seule fois. Je reviendrai donc prochainement sur la situation socio-culturelle de ce territoire. Pour l’instant, place à sa nature !

Une insolente immensité de la nature.
Une insolente immensité de la nature.

Une nature primaire

N’affichant qu’un peu plus de 500km de long contre les quelques 6500km de l’Amazone, le Maroni est loin d’être aussi connu que son grand frère. Et pourtant, il affiche déjà toutes les caractéristiques du gigantisme sauvage de cette région du globe.

Aux abattis Cottica
Aux abattis Cottica

Constituant la frontière entre le Suriname et la Guyane, ce fleuve se caractérise par la largeur de ses eaux marrons, la complexité de ses méandres labyrinthiques et l’impénétrable forêt primaire qui le borde, offrant aux yeux des visiteurs d’immenses murs végétaux sur lesquels se détachent les fabuleux troncs gris-blancs des fromagers, figuiers et autres arbres équatoriaux aux proportions dépassant l’entendement.

Eaux troubles.
Eaux troubles.

Les eaux marrons du Maroni

Ce qui frappe le visiteur à son premier contact avec le fleuve — et plus généralement avec toutes les rives guyanaises en dehors des îles du large — est la couleur de l’eau. En effet, nous sommes en Guyane à des milliers de kilomètres (au sens propre) des îles caribéennes symbolisées par leurs eaux turquoises et cristallines. C’est en fait une vision bien métropolitaine que de penser que les Antilles et la Guyane relèvent d’une même zone géographique (et culturelle, mais c’est un autre débat). En Guyane, les eaux oscillent entre marron et ocre et sont d’une parfaite opacité. Mais il ne faut pas y voir là le fruit d’une quelconque pollution — même si l’orpaillage participe activement au brassage des eaux du fleuve – il ne s’agit là que d’une immense quantités d’alluvions dus à la géologie locale et aux très grandes quantités de matières organiques en décomposition dues à l’opulente nature qui borde le fleuve.

Un fromager dominant le reste de la forêt.
Un fromager dominant le reste de la forêt.

Mais que l’on ne se méprenne pas, le nom Maroni ne se réfère pas à la couleur de l’eau mais au peuple qui a colonisé ce fleuve, les noirs marrons, les fameux bushinenge.

Le saut Lesse Dede
Le saut Lesse Dede

Une navigation complexe

Si les eaux du Maroni apparaissent placides de prime abord, c’est principalement dû à la grande largeur du fleuve qui lui donne des airs de puissance tranquille. Et pourtant, remonter le Maroni est un véritable parcours du combattant. Il faut d’abord savoir bien choisir son parcours afin de ne pas se perdre dans l’immense dédale naturel formé par ses innombrables bras. Un choix qui doit être parfaitement éclairé car les chenaux sont bien peu visibles dans ces eaux turbides, une situation compliquée par le fait que le fleuve est très souvent peu profond.

Lever de soleil aux abattis Cottica.
Lever de soleil aux abattis Cottica.

A ceci s’ajoutent de nombreux passages de rapides, appelés sauts ou soula, où les eaux serpentent puissamment dans des zones rocailleuses, nécessitant une grande dextérité de la part des piroguiers. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des épaves de pirogues échouées au pied de ces derniers.

La pirogue-citerne.
La pirogue-citerne.

C’est en saison sèche que le passage de ces sauts est le plus difficile, le manque d’eau obligeant parfois à descendre de la pirogue pour la tracter. Pour notre part, nous bénéficions d’un bon niveau d’eau, facilitant la remontée mais augmentant d’autant l’impression de puissance dégagée par le fleuve.

Une barge d'orpailleur
Une barge d’orpailleur

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que l’on ne croise que deux types de bateaux sur le Maroni : les pirogues traditionnelles à moteur hors-bord comme celle sur laquelle nous étions, lesquelles sont même utilisées par le 9ème RIMA (!), et les barges d’orpailleurs, souvent montées pièce par pièce en pirogue et se contentant de se déplacer sur des bras tranquilles. Ici, point de hors-bord dernier cri ou autre gadgets de plaisancier inadaptés à ce fleuve indompté.

Un singe-araignée
Un singe-araignée

La faune

D’un point de vue faunique, la remontée du Maroni est paradoxale. On pourrait difficilement être aussi proche de cette faune équatoriale légendaire (caïmans, piranhas, anacondas, tatous, singes, pumas, toucans, perroquets, etc…) et on ne la voit pourtant presque pas.

Un sapajou.
Un sapajou.

En effet, le Maroni étant la seule voie de communication de toute cette région, il concentre un trafic trop important (bien que cela reste très relatif) pour que la zone soit vraiment propice à l’observation faunique. Tous ces animaux vous entourent, à quelques dizaines ou centaines de mètres tout au plus, mais ils ne se montrent pas.

Un morpho.
Un morpho.

Ceci étant, quand on vient d’une île relativement désertée par la faune sauvage comme la nôtre, et d’autan plus si l’on vient de métropole, chaque rencontre est déjà un moment inoubliable. Nous avons pour notre part croisé quelques beaux spécimens d’oiseaux équatoriaux (cassiques cul-jaune, hérons cocoi, etc..), de sympathiques singes (sapajous, atèles) ou d’étranges créatures à carapaces (tortues, tatous (http://fr.wikipedia.org/wiki/Tatou), etc…).

Un tatou acheté à des chasseurs bushinenge au fil de l'eau.
Un tatou acheté à des chasseurs bushinenge au fil de l’eau.

Mais que les amateurs de sensations fortes se rassurent, nous avons à notre retour fait une expédition dans les marais de Kaw où nous avons croisé quelques espèces particulièrement spectaculaires. Nous reviendrons bientôt dessus dans ces colonnes.

En pirogue par tous les temps.
En pirogue par tous les temps.

L’expédition

Quelques mots enfin sur l’organisation de l’expédition à proprement parler. Étant donnée la grande difficulté pour circuler sur le fleuve, il est difficilement pensable de louer une pirogue individuelle afin de remonter le fleuve en complète autonomie. Et puisque nous ne disposions pas du temps nécessaire pour faire du bateau-stop, nous avons opté pour une expédition organisée par un opérateur touristique local. Nous étions accompagnés par un guide et deux piroguiers bushinenge, connaissant aussi bien la nature que la culture du fleuve.

Aux abattis Cottica.
Aux abattis Cottica.

Sur le papier, l’expédition peut sembler quelque peu effrayante : quatre jours sans eau courante ni électricité (encore que les groupes électrogènes restent courant dans les villages), à se doucher dans un fleuve aux eaux turbides, dormir dans des hamacs sous des carbets au bord de l’eau et à l’orée de la jungle, exposé à la pluie ou au soleil à longueur de journée…

Un carbet de campement
Un carbet de campement

Mais au final, l’endroit est bien moins inhospitalier que l’on n’aime à le raconter. Alors que l’on s’imagine une faune hostile et grouillante, on en découvre une bien discrète et souvent plus charmante, où les lucioles sont mille fois plus nombreuses que les araignées géantes, où les moustiques semblent avoir cédé la place à une saine brise fluviale (au point que l’OMS ne recommande plus le traitement contre la malaria aux touristes remontant le fleuve, contrairement à il y a quelques années encore).

La moustiquaire est bienvenue
Ne pas oublier sa moustiquaire…

Quant au hamac, vous serez surpris d’apprendre que l’on y dort parfaitement bien. Chaque hamac est équipé d’une moustiquaire, et le fait d’être ainsi suspendu en l’air donne la sensation très plaisante d’être isolé dans une bulle tout en restant au contact de la nature. Force est d’ailleurs de constater que la seule nuit où nous avons dormi dans un vrai lit dans la jungle (plus tard dans le séjour), celui-ci nous est apparu gorgé d’humidité et bien moins isolé des potentielles nuisances animales. Nous n’aurions jamais pensé en venir un jour à regretter un hamac pour passer la nuit ! Mais ce n’est pas pour rien que le hamac est devenu l’élément de literie traditionnel envers et contre toutes les évolutions de la modernité ; il est tout simplement parfaitement adapté à cet environnement.

Le dortoir de hamacs.
Un carbet à hamacs.

Et pour ce qui est de l’eau courante, il suffit de bien intégrer le fait que l’eau du fleuve est, malgré sa couleur, on ne peut plus naturelle. On se surprend là encore à préférer se laver dans le fleuve au petit matin que de se doucher dans une cabine sombre et sordide aménagée pour faire plaisir à un touriste européen cherchant à reproduire ses habitudes. Et pour peu que l’on soit habitué à bivouaquer dans les Alpes, on finira même par préférer se laver dans les eaux marrons d’un fleuve à 26°C que dans celles d’un torrent d’eaux claires à 10°C…

Tout confort au Wadaa Lodge.
Tout confort au Wadaa Lodge.

Au final, nous ne saurions que trop conseiller ce périple à toute personne amoureuse de nature sauvage et grandiose, souhaitant réellement s’immerger dans un environnement naturel plus que de profiter du confort occidental moderne. Seul inconvénient, le retour à la civilisation peut s’avérer un petit peu complexe.

3 comments

  1. Bonjour,

    Nous voudrions faire nous aussi (3 personnes) le Maroni de Saint Laurent a Maripasoula sur 3 ou 4 jours mais nous ne trouvons aucune agence proposant ce service. Pour combien en avez-vous eu et vers qui vous vous etes tournés pour cette expedition ?

    Merci

    Cordialement,

    Cassiopée, Marine et Margaux

    1. Bonjour. Nous sommes passés par Takari Tour (http://www.takaritour.com/) et nous pouvons recommander leurs services. Je ne me souviens par contre plus du prix mais leur site affiche environ 600€/personne. Cependant, si vous n’êtes pas pressées, le bateau-stop est une option très peu onéreuse et recommandée par nos différents amis qui y ont fait appel. Bon voyage.

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