Le marais de Kaw

Les colonies de l'estuaire
Les colonies de l’estuaire

S’étendant sur plus de 94 700 hectares, le marais de Kaw est une incroyable réserve naturelle située à quelques dizaines de kilomètres à peine de Cayenne mais pourtant incroyablement sauvage et reculée.

Zébu dans le marais
Zébu dans le marais

Habitée par les Amérindiens bien avant l’arrivée des colons, la région de Kaw n’a jamais réellement connu de développement démographique. Quelques tentatives furent menées au cours du XVIIIème siècle pour y créer des polders avant que la Révolution ne ruine les espoirs des colons esclavagistes et les fasse fuir.

La rivière Kaw
La rivière Kaw

La zone sera ensuite reconquise autour des années 1820-1830. Le baron de Laussat tentera même d’y installer une plantation de thé avec 200 ressortissants chinois, avec un insuccès fulgurant. Ne recelant pas non plus l’or des régions voisines, l’activité de Kaw se limita à une petite agriculture ne lui permettant (heureusement ?) aucun essor économique.

Village de Kaw
Village de Kaw

Aujourd’hui, il ne reste à Kaw qu’un charmant village lacustre peuplé de quelques dizaines d’habitants à l’année, avec une école, un dispensaire ainsi que quelques canaux et polders, vestiges de la colonisation passée. Le village n’est accessible qu’en bateau mais une route permet tout de même de rejoindre Cayenne à partir d’une rive voisine, en un peu plus d’une heure (à condition de ne pas casser sa suspension dans l’un des nombreux nids de poule sur le chemin).

Une réserve faunique

Sapajou
Sapajou

Cette relative inexistence de présence humaine a permis de laisser cette zone à l’état brut. Et 94 700 hectares de marais à l’état brut en Guyane, cela donne l’occasion à la nature d’exprimer toute sa richesse et sa diversité. C’est ainsi que le marais de Kaw abrite plusieurs centaines d’espèces animales et autant d’espèces végétales : des palmiers aux palétuviers, des singes aux caïmans, en passant par les perroquets et autres ibis rouges. C’est pour cette raison que le marais a été classé réserve naturelle en 1998, la troisième plus grande réserve du territoire national.

La visite du marais

Héron cocoi
Héron cocoi

Il existe plusieurs façons de visiter le marais de Kaw. Pour ce qui nous concerne, nous avons opté pour l’organisation proposée par Jacques Riché – pionnier de l’exploitation touristique du site – et son fils Laurent.

Nids de cassiques cul-jaunes
Nids de cassiques cul-jaunes

Le principe de la sortie est assez simple : on part en début d’après-midi en barque du village de Kaw puis on descend la rivière Kaw pendant environ 4h jusqu’à l’estuaire où nichent d’importantes colonies d’oiseaux sauvages. On prend un petit apéritif au soleil couchant en observant les ibis qui reviennent nicher pour la nuit. Puis on repart pour 4h de remontée de la rivière de nuit, avec cette fois pour objectif d’observer les très nombreux reptiles nocturnes.

De jour

Perroquets Amazone
Perroquets Amazone

L’objectif de la descente de jour est principalement l’observation ornithologique. Il faut dire que le marais regorge d’espèces plus rares et plus exotiques les unes que les autres. Que ce soit le préhistorique hoazin huppé, le gigantesque héron cocoï, les effrayants urubus charognards, les charmants perroquets Amazone ou les superbes cassiques cul-jaune, il y a de quoi charmer même les moins ornithologues d’entre vous.

Hoazin huppé
Hoazin huppé

A ces innombrables oiseaux s’ajoutent de multiples variétés de singes venant parfois jouer dans les branchages à l’approche d’une embarcation.

Sapajou sur un palmier pinot
Sapajou sur un palmier pinot

Et pour ne rien gâcher, l’environnement végétal est superbement sauvage et préservé. On passe de marais de roseaux aux forêts de palétuviers en passant par les palmeraies de pinots wasaï pour finir sur les hostiles berges de l’estuaire Atlantique faisant face au célèbre l’îlet la Mère où règnent en maîtres les singes relâchés par l’ancien institut pasteur.

Urubus
Urubus

De nuit

Caïman rouge
Caïman rouge

La remontée nocturne de la rivière est d’un autre ordre. On oublie les oiseaux multicolores et les sympathiques singes pour se tourner vers les grands prédateurs nocturnes du marais : les serpents et les caïmans.

Boa de Cook
Boa de Cook

Imaginez donc de vous retrouver dans un estuaire à la nuit tombée, à plusieurs heures de bateau de la première trace de civilisation, laquelle n’est elle-même qu’un village lacustre à plusieurs dizaines de kilomètres de la première agglomération et le tout dans des eaux farcies de caïmans et bordées d’une jungle impénétrable elle-même remplies de serpents et d’autres créatures guère plus accueillantes. Vous aurez alors une idée de l’expérience assez unique que représente cette sortie. Et est-il utile de préciser que les téléphones portables ne passent nulle part dans ce coin ?

Caïman rouge
Caïman rouge

Mais inutile de stresser puisque vous êtes entre les mains de professionnels. La preuve en est la très haute élaboration de leur technique d’observation du caïman : on balaies les berges de la rivière avec une lampe frontale jusqu’à observer la réflexion de la lumière sur le fond de l’œil du caïman. Une fois celui-ci repéré, on s’écarte un peu pour prendre de l’élan… et on fonce avec la barque dans les fourrés (tête baissée des fois qu’ils y ait des épineux) ! Le guide plonge alors les bras dans l’eau pour attraper la bête, espérant qu’elles ne soit pas trop grosse, et la ramène sur la barque… Et oui, vous avez bien lu : ces gens là chassent le caïman à main nue

Caïman rouge
Caïman rouge

Donc une fois que vous êtes bien rassurés par cette technique savamment étudiée, autant dire que vous êtes en parfaite confiance quand le guide – lequel n’a pas manqué de se faire mordre au passage – fait circuler le caïman de mains de touriste en mains de touriste sur la barque…

Caïman noir
Caïman noir

Blague à part, même si la technique est franchement rudimentaire, force est de constater que les guides connaissent bien leur affaire. Et ce n’est certainement pas à un (ex-)citadin qui n’avait jusqu’ici vu des caïmans que dans des zoos de leur expliquer comment faire leur métier. Mais bon, ça peut tout de même surprendre un peu.

Caïman rouge
Caïman rouge

On trouve quatre types de caïmans dans la rivière Kaw : des caïmans noirs, des caïmans rouges, des caïmans gris et des caïmans à lunettes. La dernière espèce est la plus courante mais nous n’avons pour notre part observé que les deux premières. Les spécimens que nous avons vus étaient généralement assez petits – un bon mètre environ – mais nous avons aussi pu observer de nombreux bébés caïmans noirs, lesquels vivent terrés dans les racines de palétuviers et ressemblent plus à de sympathiques gros lézards qu’à de futurs grands prédateurs..

Bébé caïman noir
Bébé caïman noir

Et même si les caïmans sont probablement les créatures les plus spectaculaires de cette expédition, les serpents ne sont pas en reste. On trouve en effet de très nombreuses espèces de serpents en Guyane dont notamment le mythique anaconda qui peut attendre des longueurs inouïes. Mais nous nous contentâmes pour notre part de quelques boas de Cook, plutôt agressifs mais relativement inoffensifs.

Boa de Cook
Boa de Cook

Pour finir, je vous laisse sur une petite vidéo qui reprend la journée au fil de cette rivière sauvage.

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