La Soufrière

Le dôme de la Soufrière
Le dôme de la Soufrière

Plus haut sommet des Petites Antilles la Soufrière culmine à 1467m au Sud de la Basse-Terre, juste au-dessus de la préfecture de la Guadeloupe : la ville de Basse-Terre.

Si vous savez lire entre les lignes, vous verrez que j’ai bien pris soin, comme il est de coutume ici, de restreindre le voisinage géographique pour – comme aiment à le dire les géomètres – passer du local au global ; le plus haut sommet de la Caraïbe trône en fait à 3175m au-dessus de la République Dominicaine. Ceci étant, on pourra arguer que tout sommet terrestre autre que l’Everest n’est de toute façon qu’un point culminant dans son voisinage et il n’y a donc pas de honte à se restreindre à celui qui nous arrange. Qui plus est, d’un point de vue strictement guadeloupéen, la seule chose vraiment importante, c’est que ce point culminant ne se situe pas en Martinique…

Ceci étant dit, ce qui fait l’attrait et la renommée de la Soufrière n’est certainement pas son altitude mais sa qualité de volcan actif, voire hyperactif.

La Soufrière, vue de la Citerne
La Soufrière, vue de la Citerne

Situé sur un arc volcanique

La Soufrière fait partie de l’arc insulaire des Petites Antilles, structure géologique formée suite à la subduction de la plaque Amérique sous la plaque Caraïbe, laquelle est arrivée du Pacifique il y a environ 90 millions d’années, créant ainsi la chaîne des Grandes Antilles et la petite île de la Désirade, se situant maintenant à quelques encablures à l’Est de la Guadeloupe.

Vue sur les Saintes
Vue sur les Saintes

Conséquence de la poursuite du déplacement vers l’est de la plaque Caraïbe, les Petites Antilles se formeront entre 50 et 20 millions d’années (Grande-Terre, Marie-Galante, etc.) et moins 5 millions d’années pour les plus jeunes (Basse-Terre, Saintes, Dominique, etc.). On estime que le volcan de la Soufrière est vieux de 100 000 à 200 000 ans, bien jeune en somme.

Vue sur la Basse-Terre
Vue sur la Basse-Terre

Le volcanisme actif dans la région est lui aussi une conséquence de cette subduction. On ne dénombre pas moins de neuf volcans actifs dans les Petites Antilles. Le plus actif d’entre eux est un volcan sous-marin portant le doux nom de Kick’em Jenny (merci les anglo-saxons pour cet instant de poésie) avec pas moins de 9 éruptions recensées depuis 1939.

Les autres volcans ne sont cependant pas en reste : dramatique éruption de la Montagne Pelée en 1902, éruption de la Soufrière en 1976, spectaculaire explosion de Soufrière Hills à Montserrat en 1995, etc.

Cratère de la Citerne
Cratère de la Citerne

Un volcan péléen actif

L’activité de la Soufrière n’est un mystère pour personne. Des travaux menés par l’Institut de Physique du Globe de Paris ont ainsi montré que pas moins de huit explosions ou effondrements partiels du dôme de la Soufrière se sont produit au cours des 7800 dernières années.

Algues rouges, caractéristiques du sommet.
Algues rouges, caractéristiques du sommet.

La Soufrière est un volcan de type péléen, qualificatif dont l’étymologie est due à la terrible éruption de la Montagne Pelée de 1902 ayant causé la mort des 30 000 habitants de Saint-Pierre en quelques minutes. Les volcans péléens ont pour particularité que leur lave est très visqueuse, s’écoulant mal et créant ainsi des bouchons propices à des éjections brutales sous forme de nuées ardentes.

Heureusement pour les guadeloupéens, la dernière éruption magmatique du volcan remonterait à environ 1530, date à laquelle le dôme aurait pris la forme que nous lui connaissons actuellement.

Petite soufrière
Petite soufrière

L’éruption de 1976

Les plus jeunes des lecteurs de ce blog n’en auront pas souvenir (tout comme son auteur d’ailleurs, soit dit en passant) mais la Soufrière avait défrayé la chronique nationale vers le milieu des années 70.

Tout a commencé au cours de l’année 1975 avec le recensement d’un important regain d’activité sismique et volcanique laissant présager une éruption prochaine. L’éruption de la montagne pelée était dans les mémoires et tous souhaitaient que soient prises des décisions évitant que la catastrophe martiniquaise ne se reproduise.

La Roche Fendue
La Roche Fendue

Il s’installa alors un important débat scientifique qui opposa Haroun Tazieff à Claude Allègre. Le premier, vulcanologue de renom, pensait que le type d’éruption ne justifiait pas l’évacuation de la capitale de l’île, d’autant plus que les conséquences économiques allaient être très lourdes. Le second, alors directeur de l’Institut de Physique du Globe, estimait cette évacuation nécessaire.

Fumerolle au Cratère Sud
Fumerolle au Cratère Sud

Lorsque, le 8 juillet 1976, commença une éruption phréatique avec les panaches de vapeur d’eau qui les caractérisent, les autorités prirent finalement la décision d’évacuer tout le Sud de la Basse-Terre de Vieux-Habitants à Capesterre-Belle-Eau, déplaçant ainsi quelques 75 000 habitants qui durent se reloger tant bien que mal en Grande-Terre.

La phase éruptive resta intense jusqu’en mars 1977 mais ne causa finalement aucun dégâts. En fait, à ce moment là, la plupart des habitants avaient déjà regagné leurs logements.

Cratère Sud
Cratère Sud

Il serait bien délicat de porter un jugement a posteriori. L’histoire a bien évidemment donné raison à Haroun Tazieff. Qui plus est, ce vulcanologue a laissé l’image d’un homme de sciences ayant donné sa vie pour sa passion alors que son opposant d’alors s’en est allé vers une carrière politique avant de s’enferrer dans des positions climato-sceptiques intenables. Mais quelles décisions prendrait-on aujourd’hui si on savait que la vie de milliers de personnes était ainsi en jeu. Le principe de précaution n’était pas encore le maître-mot qu’il est maintenant…

Toujours est-il que cette histoire aura marqué durablement la Guadeloupe puisque c’est à sa suite que Pointe-à-Pitre a connu l’essor qui en a fait la capitale économique de la Guadeloupe et qui a été à l’origine de son « plan » d’urbanisation, lequel a probablement plus été pensé pour maximiser les profits de quelques investisseurs en quête de défiscalisation que pour développer harmonieusement une vie urbaine…

La Découverte, au sommet du volcan
La Découverte, au sommet du volcan

Le volcan aujourd’hui

Aujourd’hui, le volcan est suivi de très près par l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Guadeloupe et est l’un des volcans les mieux surveillés du monde. De récents travaux ont d’ailleurs permis d’obtenir une cartographie de la structure interne du dôme grâce à la mesure d’absorption de rayons cosmiques le traversant. On n’arrête pas le progrès.

Mais au-delà de cet aspect scientifique quelque peu angoissant, la Soufrière est avant tout un haut-lieu touristique de la Guadeloupe où se retrouvent tous les randonneurs de l’île à un moment ou à un autre.

Il existe de nombreuses voies d’accès, avec des niveaux de difficultés et de longueurs variables. La plus facile d’entre elles est d’ailleurs assez amusante car elle fait office de cimetière de vieilles godasses de touristes mal chaussés, de nombreuses semelles jonchant le sol à différents endroits, laissant présager une fin de marche désagréable pour celui qui l’a laissée là…

Un panneau engageant...
Un panneau engageant…

Pour notre part, nous allons régulièrement profiter du massif afin d’essayer une nouvelle voie pour y emmener le prochain touriste qui nous rendra visite (que ne ferait-on pas pour vous, monter sur un volcan, au péril de notre vie, tout ça pour vous ouvrir la voie !!!). Mais à la différence des touristes qui n’ont pas forcément le choix de leur date d’ascension, nous tâchons de privilégier l’un des rares moments où le massif est bien dégagé, ce qui n’arrive qu’une poignée de jours pas an. Le sommet passe en effet le plus clair de son temps dans les nuages et battu par les vents (la pluviométrie y est estimée à une dizaine de mètres par an, contre par exemple 0,6 pour Paris…).

Celui-ci aussi en dit long...
Celui-ci aussi en dit long…

Notre dernière ascension remonte à la semaine dernière. Et quelle ne fut pas notre surprise que de voir que le massif avait évolué ces derniers mois. En effet, alors que nous arrivions au sommet, sur la zone dite de la Découverte, nous découvrîmes de nombreuses nouvelles fumerolles dont certaines très actives, à des endroits qui étaient parfaitement placides il y a encore quelques mois. Après en avoir discuté avec d’autres randonneurs locaux qui y montent régulièrement, un savant procédé de dichotomie nous a permis d’arriver à la conclusion hautement scientifique que ces formations datent de septembre ou octobre 2014. Comme quoi, pour faire de la volcanologie, une bonne paire de chaussures peut tout à fait remplacer une machine à capter des rayons cosmiques !

Paysages irréels
Paysages irréels

Voilà, me semble-t-il, un post qui vous en dit bien plus sur ce volcan que ce que vous auriez probablement voulu savoir. La petite vidéo qui l’accompagne vous donnera une meilleure idée de la beauté de ce site actif. Et même si son activité est moindre que celle du Boiling Lake sur la Dominique voisine, il faut admettre que par beau temps la Soufrière a un avantage : sa vue panoramique sur toute la Guadeloupe et ses dépendances.

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