Des tortues luth aux Antilles

Jeune tortue luth et ses traces sur le sable
Jeune tortue luth et ses traces sur le sable

Les rencontres avec les tortues sont fréquentes aux Antilles, que ce soit les tortues vertes sur les herbiers ou les tortues imbriquées sur les récifs coralliens. Mais il est bien plus rare de rencontrer des tortues luth, ces majestueuses reines des mers.

La caractéristique principale de la tortue luth est d’être la plus grande espèce de tortues au monde : jusqu’à 2m de longueur pour plusieurs centaines de kilos, une rencontre avec des tortues luth ne laisse personne indifférent. Et pourtant, vous ne verrez pas dans cet article de photos de créatures aussi imposantes puisque celles que nous avons croisées étaient tout juste âgées de quelques… minutes.

Tortues luth dans les mains Simon George, en charge de la hatchery de Rosalie.
Tortues luth dans les mains Simon George, en charge de la hatchery de Rosalie.

Les tortues luth se retrouvent dans toutes les mers chaudes du globe et leur présence est attestée dans l’ensemble de la zone Caraïbe et du bassin amazonien. Contrairement aux tortues vertes et imbriquées, les rencontres avec les tortues luth se font rarement dans l’eau où elles évoluent en très grande profondeur (on les aurait observées à plus de 1200m de fond). C’est donc sur les plages, lors des pontes nocturnes que ces gigantesques créatures marines peuvent être observées.

Sur le sol français, c’est certainement dans la réserve de l’Amana en Guyane qu’il est le plus courant d’assister à des pontes. Mais bien que leurs apparitions soient bien plus rares, il est aussi possible de les observer dans les Antilles françaises. En Guadeloupe, la saison d’observation des tortues luth s’étale du 1er mars au 30 juillet, avec un pic d’observations du 1er mai au 30 juin – un réseau est d’ailleurs dédié à l’observation et à la protection des tortues en Guadeloupe.

Tortues venant de naître
Tortues venant de naître

Pour notre part, c’est sur l’île de la Dominique voisine – et plus précisément sur la plage de Rosalie – que nous avons pu assister à une éclosion de ponte de tortue luth au printemps 2014 (oui, j’ai mis du temps à taper cet article…). La plage de Rosalie est un haut-lieu d’observation des tortues marines, une hatchery a d’ailleurs été installée sur la plage par une association locale pour protéger les pontes des différentes tortues.

Il faut en effet avoir en tête que les tortues viennent toujours pondre très précisément au même endroit, lequel n’est d’ailleurs autre que le lieu de leur propre naissance. Ce dernier fait ne serait pas très surprenant si les tortues luth restaient vivre à proximité mais c’est loin d’être le cas. Les tortues luth partent en effet pendant de nombreuses années à de très longues distances de leur lieu de naissance où elles ne reviendront que bien plus tard, une fois leur maturité sexuelle atteinte, pour pondre…

Lors de la ponte, la tortue luth enterre profondément ses œufs dans le sable, ces derniers n’ayant pas besoin d’être couvés pour éclore. La mère sera donc bien loin au moment de l’éclosion.

Face à l'océan
Face à l’océan

L’éclosion d’une ponte de tortue luth est un parfait exemple de mise en œuvre de la sélection naturelle : Il faut d’abord briser la coquille et traverser la couche de sable pour regagner la surface, ce que les plus faibles ne parviendront pas à faire. Puis il faut traverser la longue plage pour regagner la mer, ce qui se fait au prix d’efforts considérables. Et au-delà de ces compétences qui sont propres à chaque individu, il s’agit en plus de jouer de chance et de passer entre les pièges tendus par les prédateurs : oiseaux, chiens, etc.

Regagner la mer est un parcours du combattant qui dure parfois plusieurs heures, comme nous avons pu en témoigner en suivant une  petite tortue pendant plus d’une heure – avec interdiction formelle de l’aider puisque ces moments sur la plage sont cruciaux pour sa prise de repère et pour sa fortification avant de rejoindre la mer.

Premier contact avec la mer
Premier contact avec la mer

Et si le très terrestre observateur humain crie victoire en voyant la petite tortue gagner les flots, le parcours est loin d’être terminé pour elle. Il lui faudra encore éviter les nombreux prédateurs marins pour atteindre l’âge adulte et revenir pondre sur la plage de Rosalie une fois la maturité sexuelle atteinte, plus de 15 années plus tard…

3 comments

  1. Bonjour ,j aimerais beaucoup parler à Simon Georges après avoir vu un reportage qui m a beaucoup touchée .Pouvez vous m indiquer ses coordonnées mail ou autres?Merci!Anita Escalera

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